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Stéphanie étudie la civilisation égyptienne depuis quelques années. Cet article constitue pour elle une première... en attendant la suite.
INTRODUCTION
Selon le Grand Robert, "Le terme vase canope désigne un vase funéraire (égyptien ou étrusque) ayant pour couvercle une tête emblématique et qui contenait les viscères des morts embaumés". Or il est intéressant de noter que chez les spécialistes, l'origine du mot canopes fait toujours l'objet de discussions étymologiques. Deux théories peuvent être proposées : selon certains, il s'agirait de la déformation du nom de la ville de Canope, située en Basse Égypte, où l'on employait dans le culte d'Osiris des vases en terre ayant un couvercle surmonté d'une figure humaine (Dictionnaire étymologique). Pour d'autres, il faudrait se référer au jésuite Athanasius Kircher (XVIIe siècle), qui aurait cru reconnaître le visage de Canopos, le pilote de Ménélas, dans les traits d'Osiris.
En égyptien ancien, l'expression se dit qbw n(y) wt.
Les vases canopes les plus anciens ont été découverts dans la sépulture de la mère du pharaon Khoufou (Khéops) de la IVe dynastie. Mais la pratique n'est pas régulièrement attestée avant le Moyen Empire (2040 - 1786). Jusqu'à cette époque, les organes restaient souvent dans le corps. Lorsqu'ils étaient extraits, ils étaient parfois simplement placés à côté du corps. Cette dernière pratique ne disparaîtra qu'à l'époque romaine.
1. LA MOMIFICATION
La momification fait l'objet de nombreuses publications et de discussions. Certes, elle est un sujet propice aux recherches scientifiques et à celles ayant la religion comme objet. Cependant, un aspect particulier de la question demeure peu abordée : en vérité, on ne parle que rarement de l'usage fait des organes qui ont été extraits du corps du défunt. À tout le moins, se contente-t-on de mentionner l'existence des vases canopes.
Or, à travers le phénomène de la momification, c'est à la totalité du corps qu'il faut de porter notre attention. Il importe donc de souligner que les organes en font partie et qu'ils participent à l'intégrité corporelle du mort, intégrité nécessaire à la vie après la mort.
Pour mémoire, rappelons que les anciens Égyptiens étaient persuadés qu'après leur mort, ils rejoignaient dans un autre monde (l'Amdouat) le dieu Osiris. Mais pour cela, leur corps doit être entier. C'est la raison pour laquelle les habitants du Nil, s'ils en avaient les moyens, momifiaient leurs défunts. Au départ accidentelle, avant la période dynastique, (les corps des défunts enterrés dans le sable étaient naturellement momifiés par la chaleur et la sécheresse), la momification a évolué jusqu'à atteindre des sommets de perfection vers la XIXe dynastie (comme par exemple, la momie de Ramsès II).
Pour assurer la momification, différentes étapes étaient nécessaires. En voici une brève présentation. Dès que le décès a lieu, le corps est remis aux embaumeurs qui le portent sur une colline hors de portée de la crue, à l'ouest de la ville. La momification durait soixante-dix jours. (L'étoile Sirius met soixante-dix jours pour disparaître et réapparaître).
Le crâne est excérébré : on fait passer un crochet de bronze ou, plus tard de fer par les fosses nasales pour réduire le cerveau en bouillie afin qu'il s'écoule. Puis le crâne est rempli d'une solution de natron pour bien le nettoyer.
Le corps est ensuite éviscéré : selon l'historien grec Hérodote, le corps est ouvert "avec une pierre éthiopienne aiguisée" et on en extrait les intestins, le foie, les poumons, l'estomac et le coeur. Le coeur est ensuite remis en place après avoir été nettoyé, puis protégé par une amulette le plus souvent en forme de scarabée. Quant aux reins, par ignorance de leur fonction, ils étaient laissés dans le corps. Les organes sont momifiés et entourés de bandelettes, puis placés dans les vases canopes.
On plaçait dans le corps des linges contenant du natron, des substances aromatiques, puis le corps était déshydraté au natron, ainsi que par exposition au soleil. Trente à quarante jours plus tard, il était lavé et oint.
Parfois les yeux étaient remplacés par des prothèses. Dans le cas de Séti Ier, par exemple, les embaumeurs utilisèrent de petits oignons blancs.
Après avoir été enveloppée de bandelettes, avec parfois sept couches successives, la momie était placée dans un suaire, puis déposée dans un sarcophage.
2. DESCRIPTION DES VASES CANOPES
Pour leur fabrication, les matériaux utilisés étaient le calcaire, l'albâtre, la faïence et la terre cuite. L'albâtre sera utilisé jusque sous Alexandre le Grand, mais est déjà très répandu entre les XXVe et XXXe dynasties.
Quant à la forme générale de ces vases, on constate que les jarres sont assez ventrues, et deviennent plus hautes et étroites sous le règne d'Amenhotep III (XVIIIe dynastie), pour reprendre une forme plus trapue à la Basse Époque.
Les bouchons sont ronds ou plats, et ce n'est qu'à partir du Moyen Empire qu'apparaissent les couvercles à tête humaine, parfois complétée par des petits bras et des petites jambes. À la XVIIIe dynastie, des têtes animales remplacent les têtes humaines représentant le mort. À partir du Moyen Empire, les organes sont placés sous la protection des quatre fils d'Horus (cf infra), mais ce n'est qu'au Nouvel Empire que les couvercles prendront la forme des quatre divinités protectrices.
En ce qui concerne la présence ou pas d'inscriptions, au départ, les vases canopes sont anépigraphes. Petit à petit, à partir du Moyen Empire des inscriptions apparaissent (cf. infra).
Si à l'origine les vases sont placés à côté du corps, à partir du Nouvel Empire on fabrique des coffres en céramique ou en bois, dans lesquels les vases seront placés.
Chaque organe est donc placé sous la protection d'un des quatre fils d'Horus, ainsi que d'une déesse. En voici d'ailleurs un tableau :
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Couvercle |
Tête humaine |
Babouin |
Faucon |
Chacal |
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Fils d’Horus |
AMSET |
HAPI |
QEBEHSENOUF |
DOUAMOUTEF |
|
Organe |
Foie |
Poumons |
Intestins |
Estomac |
|
Déesse |
Isis |
Nephtys |
Selkis |
Neith |
LES QUATRES FILS D'HORUS : ils passent pour avoir été enfantés par Isis, à moins que ce ne soit Sobek qui les ait pris au filet et sortis de l'eau sur une fleur de lotus. C'est d'ailleurs sur une fleur de lotus qu'ils assistent debout tous les quatre, devant le trône d'Osiris, à la pesée de l'âme du défunt. Préposés par Horus à la garde des quatre points cardinaux, ils ont aussi été chargés par leur père de veiller sur le coeur et les entrailles d'Osiris.
LES DÉESSES : (selon le Dictionnaire de mythologie générale Larousse) :
3. LE CONTENU DES VASES
Les différents organes et leur symbolique sont les suivants :
On remplaçait parfois le coeur, ou on y ajoutait des amulettes. Certaines ont la forme d'un coeur, d'autres celle d'un scarabée.
4. LES INSCRIPTIONS
Sur les vases avec textes, on retrouve généralement le même type
d'inscriptions, reposant sur la formule Dd mdw :
Paroles dites ... . Cette formule introduit un discours, souvent
celui d'un dieu. Elle apparaît dans la légende de scènes dans lesquelles le roi célèbre un
rite en présence d'une divinité. La formule peut également introduire une formule magique.
Voici quelques exemples :
J'ai parfois rencontré la formule di n(y)-sw.t htp : "fasse le roi que s'apaise... ". Dans son Cours d'égyptien hiéroglyphique, Pierre Grandet nous apprend que cette formule est une figure d'offrande que l'on trouve sur d'innombrables documents funéraires. Elle est "destinée à être récitée par les visiteurs des tombes pour assurer magiquement l'approvisionnement des défunts".
Rappelons que le roi était le seul acteur du culte divin, il est donc normal que la demande s'adresse à lui et non aux dieux.
On se rend donc compte que la momification est un rituel hautement magique, dans lequel les divinités protectrices des organes jouent un rôle non négligeable
CONCLUSION
Ne serait-ce que pour leurs inscriptions qui promettent un avenir dans l'au-delà, les vases canopes participent à l'immortalité. Mais ces inscriptions ne sont qu'un atout, une garantie supplémentaire. Leur existence même, préservant les organes et permettant de conserver le corps entier, complet, est suffisante, mais nécessaire à préserver l'immortalité du nouvel Osiris.
bibliographie
- CATALOGUE DU MUSÉE DU CAIRE, Lambelet et Riesterer, Art Pyblishers Lehnert
and Landrock, 5 ème édition, Le Caire 1997.
- DICTIONNAIRE DE MYTHOLOGIE GÉNÉRALE LAROUSSE, sous la direction de Félix
GUIRAND, Ed. Larousse Paris 1992.
- Dobson, A. THE CANOPIC EQUIPMENT OF THE KINGS OF EGYP. Kegan Paul International, London and New York, 1992.
- LA VIE APRÈS LA MORT DANS L'ANCIENNE ÉGYPTE, sous la direction de Renate GERMER, Éditions Flammarion.
- Schwaller de Lubicz, Isha. L'OUVERTURE DU CHEMIN. La TAble d'Emeraude, Paris 1985.
Stéphanie Ridé