![]() |
|
Sébastien Goupil est étudiant de Maîtrise en Histoire à l'Université du Québec à Montréal. L'Égypte des pharaons demeure son champ d'études de prédilection même si ces temps-ci il travaille sur la question de la bière dans le monde grec.
INTRODUCTION
L’étude de la perception de l’Antiquité à travers différentes époques est fascinante. Elle permet de voir comment les femmes et les hommes recréent et réinterprètent l’histoire du passé avec des référents et des attitudes mentales qui leur appartiennent. Par conséquent, l’image des Anciens, véhiculée à travers les âges, est faussée ou manipulée, bien souvent de façon inconsciente ; elle reflète les fantasmes, les peurs et la vision du monde de ceux qui ont cherché à la comprendre. La découverte de la tombe de Toutankhamon restera dans les annales de l’égyptologie l’un des moments les plus importants du premier quart du XXe siècle. Elle permet entre autres d’appréhender un phénomène qui connaîtra une ampleur sans précédent, l’égyptomanie, qui va reprendre souffle après la médiatisation de cette découverte.
L’étude de ces événements montre comment l’imaginaire humain peut construire un mythe et le faire perdurer en mettant l’emphase sur la fascination que les éléments constitutifs de ce mythe exercent sur les esprits. Les images matérielles et mentales que nous conservons encore aujourd’hui de Toutankhamon sont toujours tributaires de la construction médiatique des années 1920 et de son exploitation ultérieure car les Occidentaux, au lendemain des journées de novembre 1922, s’approprieront la découverte.
Dans le
présent texte, je m’attarderai au contexte de cette fascinante découverte pour
ensuite étudier la manière par laquelle les médias construisent et
matérialisent le mythe “ Toutankhamon ” en la diffusant. Je prêterai
aussi attention aux importants fondements culturels dans lesquels s’inscrit le
discours médiatique, en l’occurrence l’égyptomanie et le romantisme. Enfin, je
terminerai en regardant attentivement les effets de la découverte du tombeau
dans la culture occidentale, c’est-à-dire la matérialisation directe ou
indirecte du mythe “ Toutankhamon ” dans différents domaines
artistiques et culturels comme l’art, l’architecture, la mode et le cinéma.
CONTEXTE DE LA DÉCOUVERTE : QUAND DEUX DESTINS SE CROISENT
Circonscrire le contexte de la découverte de la sépulture de Toutankhamon est la première chose à faire pour bien comprendre le mythe qui va s’édifier et se peaufiner des années 1920 à nos jours. En effet, le contexte de la découverte est en soi un épisode du mythe qui va accentuer la fascination qu’a exercée ce dernier sur les esprits, comme le montrent les innombrables ouvrages publiés sur le sujet. D’ailleurs, les épisodes qui vont mener à la trouvaille de Howard Carter et de Lord Carnarvon sont dignes de l’intrigue d’un roman. Il n’est donc pas surprenant de retrouver en librairie un ouvrage de l’égyptologue-romancier Christian Jacq qui exploite justement ces événements[1].
Dans une étude qu’elle consacre à Toutankhamon[2], Christiane Desroches-Noblecourt rapporte avec justesse ces propos de Walter Wolf tirés de son ouvrage Zwei Beiträge zur Geschichte der achtzehnten Dynastie: “ Nulle part, la tentation d’écrire un roman au lieu d’un chapitre de l’histoire, n’est aussi forte qu’ici, et c’est pour cela qu’on devrait faire montre de la plus grande prudence dans l’exploitation de tous ces documents. ”
Il revient à l’historien de rétablir les faits et de montrer que la rencontre de Howard Carter et de Lord Carnarvon n’a rien de magique ou de fantastique. Le lecteur conviendra tout de même que les événements qui se succèdent et qui s’accumulent peuvent effectivement servir de point d’ancrage à l’élaboration d’un roman ou d’un “ conte fantastique ” pour reprendre une expression de Jean Vercoutter[3]. Un bref regard sur le cheminement et la rencontre des deux protagonistes de la découverte permettra de mieux comprendre.
Les premiers pas du Britannique Howard Carter (1873-1939) en Égypte remontent à l’année 1891. Remarqué pour ses talents de dessinateur par Percy Newberry, jeune égyptologue attaché à l’Egypt Exploration Fund, Carter est dépêché à Beni Hasan et Deir el-Bersha pour y faire des croquis des monuments. Il profite de son séjour en Égypte pour entreprendre des fouilles à Tell el-Amarna pour le compte du célèbre Flinders Petrie. L’année suivante, c’est l’Egypt Exploration Fund qui engage Carter comme dessinateur et il passe six années à Deir el-Bahari à recopier les scènes et les inscriptions funéraires du temple de la femme-pharaon Hatshepsout. Profitant de ses temps libres pour visiter la Vallée des rois, Carter s’éprend de ce lieu et convainc l’américain Theodore Davies de prendre la concession de la Vallée afin d’y faire des fouilles archéologiques. Aidant Davies dans son entreprise, ils mettront entre autres au jour les tombes violées d’Hatshepsout et de Thoutmôsis IV.
Même s’il n’est pas archéologue, l’excellent travail et le professionnalisme de Carter vont faire qu’il sera remarqué par le Français Gaston Maspéro, directeur du service des Antiquités de l’Égypte. En 1900, ce dernier offre à Carter l’important poste d’inspecteur en chef des monuments de Haute Égypte avant de lui céder, en 1903, celui plus prestigieux d’inspecteur en chef des monuments de Basse et de Moyenne Égypte. Alors que Carter se trouve au Sérapeum de Memphis, une chicane éclate entre les touristes et les gardiens du site. Voyant que les touristes sont dans l’erreur, Carter décide de prendre le parti des gardiens. Une plainte est dès lors déposée contre lui et le consul britannique en Égypte, voulant éviter un incident diplomatique, demande à Carter de faire des excuses publiques. Ce dernier refuse et décide plutôt de donner sa démission et de retourner au Caire. Il s’y improvise dessinateur de paysages pour les touristes et “ gentlemen marchand ”, vendant des antiquités afin de gagner sa vie[4].
Pour sa
part, lord Carnavon (1866-1923) est un richissime anglais qui possède l’un des
plus prestigieux domaines d’Angleterre, Highclere. Il est un grand
collectionneur, un amateur de chevaux, de chasse à courre, d’antiquités et de
voitures. C’est justement un accident de voiture qu’il subit en Allemagne qui
lui fait prendre contact avec l’Égypte, cette dernière ayant la réputation
d’avoir un climat favorisant les convalescences[5].
Carnavon ne compte pas passer la majeure partie de son séjour en Égypte à ne
rien faire. Comme le remarque Nicholas Reeves[6] :
“ Le climat lui convenait, mais la vie au Caire lui paraissait morne. Il
ne vit donc dans l’égyptologie qu’un moyen agréable d’occuper ces interminables
journées d’hiver, loin de s’imaginer que ce nouveau passe-temps finirait par
l’absorber totalement. ”
La concession accordée à Carnavon, qui entreprend des fouilles archéologiques, se montre rapidement décevante, car seul un chat momifié est découvert en six semaines de travail. Il décide donc de faire la demande d’une nouvelle concession qui lui sera peut-être plus favorable. Cette fois, il prend soin de s’adresser aux autorités d’une manière plus professionnelle, et c’est Gaston Maspéro qu’il rencontre. Ce dernier voit en Carnavon l’occasion propice pour relancer la carrière de Carter qui était tombée en disgrâce suite aux événements de Memphis. Il organise donc une rencontre entre les deux hommes, et celle-ci marque le début d’une longue amitié qui sera scellée par la célèbre découverte du 4 novembre 1922. Dès 1907, Carter et Carnavon obtiennent une importante concession à l’Ouest de l’ancienne Thèbes, le chantier de Gournah. Plusieurs découvertes importantes y sont faites, notamment celles des tombes princières du Moyen Empire et du début du Nouvel Empire, ainsi que deux temples “ perdus ” appartenant aux règnes d’Hatschepsout et de Ramsès IV. Les deux hommes vont même tenter leur chance dans le Delta. Pourtant, les fouilles entreprises à Saïs ne livrent qu’un lot peu apprécié de cobras et de vipères à cornes, tandis que celles de Dahchour et de Tell el-Balamoun sont tout simplement improductives.
Néanmoins, un événement qui va marquer le destin de l’équipe de fouilles se produit en 1914. Theodore Davies, qui croit comme bien d’autres archéologues et égyptologues que la Vallée des rois a recelé tous ses secrets, décide d’abandonner sa concession. Cette nouvelle est accueillie avec plaisir chez Carter ; la possibilité lui est enfin offerte d’entreprendre des fouilles dans ce lieu qui suscite chez lui de vives passions. L’enthousiasme de Carter, qui est persuadé qu’il reste au moins une dernière sépulture à découvrir dans la Vallée, se conjugue au désir de Carnavon de fouiller la nécropole du Nouvel Empire. Carnavon sollicite ainsi en 1915 le permis de Davies qui vient de se libérer et ce, malgré le fait que Maspéro lui-même déconseille au mécène l’entreprise. Retardées à cause de la guerre qui sévissait en Europe, les fouilles dans la Vallée des rois ne vont réellement débuter qu’en 1917. De toute manière, Carnavon était retenu en Angleterre et Carter devait agir à titre d’émissaire diplomatique.
Dès la première saison de fouilles, Carter n’a qu’une seule idée en tête, celle de retrouver la tombe d’un pharaon peu connu dans l’histoire égyptienne, celle de Toutankhamon. Les découvertes sont toutefois parcellaires et peu significatives, et il en sera ainsi jusqu’en novembre 1922. Au terme de la saison de 1921-1922, Carnavon est enfin résolu à abandonner définitivement son mécénat. Il convoque Carter à Highclere pour lui annoncer la triste nouvelle. Préparé par la force des choses au discours qu’il s’apprête à entendre, Carter décide de fléchir une dernière fois Carnavon. Il fait part à ce dernier de sa volonté de financer par ses propres moyens une dernière saison de fouilles, après quoi il se résignera à abandonner définitivement les recherches dans la nécropole. Il veut en effet tenter sa chance sur un dernier triangle de la Vallée encore susceptible de révéler quelques secrets et qu’il n’avait pas encore exploré pour ne pas déranger les touristes qui visitaient ces environs. La seule condition est que le mécène conserve le permis de la concession. Carnavon sera d’ailleurs le seul bénéficiaire de tout ce qui pourrait être découvert. Convaincu par ces arguments et par la ténacité de Carter[7], Carnavon acquiesce à la demande et offre à ses frais une dernière saison pour prospecter la Vallée. Trois jours après le début de la nouvelle saison de recherche, les ouvriers de Carter mettent au jour les marches de l’escalier menant à l’entrée de ce qui est appelé à devenir la découverte la plus médiatisée de l’histoire de l’archéologie. Carter doit toutefois se résigner à attendre jusqu’à la fin novembre pour ouvrir et explorer le tombeau, Carnavon étant toujours en Angleterre. Celui-ci arrive enfin à Louxor le 26 novembre, et l’ouverture officielle de la tombe se fait 3 jours plus tard, devant un public curieux et des journalistes qui se bousculent pour faire connaître au monde l’étonnante sépulture pharaonique. La presse laisse déjà entendre qu’une découverte sensationnelle a été réalisée dans la Vallée des rois, ce qui laisse bouche-bée ceux qui affirmaient que la nécropole était épuisée et entièrement explorée, en commençant par Gaston Maspéro qui était sceptique quant aux chances de réussite de l’équipe Carnavon-Carter, malgré l’amitié qu’il avait témoigné aux deux hommes.
MÉDIAS ET DIFFUSION DE LA DÉCOUVERTE
Les journées qui font suite aux événements de novembre portent “ Toutankhamon à la une ”, la divulgation de la découverte étant le mot d’ordre de l’ensemble des journaux du monde. Le phénomène prend une telle ampleur que Carter et Carnavon en sont tout simplement dépassés. Il n’est donc pas curieux de retrouver dans l’ouvrage écrit par Howard Carter et Arthur C. Mace un chapitre entièrement consacré à cette question de la médiatisation de la découverte[8].
Pour expliquer cet engouement international pour la découverte de la sépulture, Christopher Frayling, qui a produit un documentaire très intéressant sur le courant égyptomaniaque entourant le mythe “ Toutankhamon ” [9], est d’avis qu’il faut y voir un reflet d’une lassitude générale pour tout ce qui est en rapport avec la Première Guerre mondiale qui s’est terminée quelques années plutôt. La Grande Guerre a été beaucoup plus longue et meurtrière qu’on ne l’avait prévue. Toutankhamon arrive à point pour ouvrir une nouvelle porte sur le rêve après tant d’années de malheurs et de folies humaines, d’autant plus que la période des années 1920 est celle de la reconstruction de l’Europe et de la mise sur pied de traités diplomatiques, par lesquels on essaie de garantir que les événements perpétrés de 1914 à 1918 ne se reproduiront plus. Les journaux étant donc largement baignés par toute cette littérature technique et formelle, on comprend aisément l’impact qu’a pu avoir la découverte de Carnavon et de Carter sur le public. Ce dernier écrit à cet effet[10] : “ Il faut croire qu’au moment de la découverte, le public en avait assez d’entendre parler de dommages de guerre, de conférences, de partages d’influence et désirait un nouveau sujet de conversation. L’idée d’un trésor enterré depuis des millions d’années est bien faite, aussi, pour exciter les imaginations.
J’ai voulu apprécier quantitativement et qualitativement l’impact médiatique de la découverte de la tombe de Toutankhamon en passant en revue les quelques numéros du New York Times conservés à l’Université de Montréal. Le mieux eût été de mettre la main sur le Times de Londres qui bénéficiera d’une exclusivité de publication à partir du 18 février 1923, mais ce journal est introuvable, pour ces dates, à Montréal. Ainsi, les douze numéros qui suivent l’ouverture de la salle du sarcophage (16 février 1923), ceux parus du 17 au 28 février 1923, ne contiennent pas moins de 38 articles et publicités qui abordent le sujet de la découverte de la tombe. Plus d’une fois reviennent les thèmes de l’or, des trésors et de la magnificience de la découverte, comme en témoignent certains de ces titres : “ Tut-ankh-Amen’s Inner Tomb Is Opened, Revealing Undreamed of Splendors, Still Untouched After 3,400 Years ”[11] ; “ Carnavon Tells of Wonders He Saw in Pharaoh’s Tomb ”[12] ; “ Tomb Discovery Excites All Egypt ”[13] ; “ Tut-Ankh-Amen of Luxor (Luxor :The Silk of To-Day) ”[14]. Pour les mêmes dates, The Ottawa Evening Journal, un journal à tirage beaucoup plus faible que le new yorkais, compte une douzaine d’articles sur le sujet. Ces quelques exemples illustrent bien en quoi les écrits journalistiques sont à la base de la création du mythe “ Toutankhamon ”. Ils ont exploité frénétiquement la fascination qu’exerçait la découverte sur les gens. Une conséquence immédiate de cette construction médiatique sera d’ailleurs un accroissement fulgurant du tourisme en Égypte.
Il faut mentionner qu’un événement va provoquer la consternation générale. Carnavon décide de donner l’exclusivité des informations entourant la découverte et le dépouillement de la tombe au Times de Londres. Si les frustrations affluent de tous les côtés, Howard Carter affirme dans son ouvrage qu’il était soulagé que son mécène ait songé à une telle mesure car les journalistes soucieux de nourrir quotidiennement leur journal d’informations faisaient leur travail avec empressement et zèle, gênant ainsi considérablement les archéologues qui travaillaient par leurs multiples questions[15].
Outre les journalistes, les visiteurs désireux de voir de leurs propres yeux les merveilles que conserve la tombe affluent par milliers en Égypte. Ceci fait dire à Carter[16] : “ …il apparut rapidement que, une fois la première dépêche envoyée au Times, rien ne pourrait plus détourner les projecteurs que la publicité avait braqués sur nous. Nous n’avions plus qu’à nous accommoder. ” La Vallée des rois connaît donc un flot énorme de touristes curieux et officiels qui veulent avoir le prestige de raconter à leurs proches, parents et amis, qu’ils ont eu la chance de visiter la tombe ou, si cela leur est impossible, qu’ils ont vu au moins un objet sortir à la lumière du jour, après tant d’années passées dans l’obscurité. Les multiples sollicitations de ceux qui veulent visiter la tombe et qui obtiennent cette chance unique font perdre un temps immense à Carter et à son équipe qui prennent un grand retard dans leur calendrier[17]. D’autant plus que certains, après avoir effectué la visite, affirment qu’il n’y avait pas beaucoup à voir, ce qui n’est pas sans choquer Carter qui met beaucoup d’énergie et de courtoisie à plaire aux gens[18].
Un événement qui arrive de façon inopinée et qui suit de très près l’ouverture de la salle du sarcophage va faire prendre des proportions rocambolesques à la découverte. De fait, lord Carnavon meurt prématurément le 5 avril 1923, avant même l’ouverture du sarcophage de Toutankhamon trouvé inviolé par les fouilleurs. Ceci signe l’acte de naissance de la non moins célèbre malédiction de Toutankhamon, qui va donner lieu à une multitude de spéculations. C’est que le public refuse de croire à l’histoire de la piqûre d’insecte qui va s’infecter lorsque Carnavon se rase et ouvre la plaie. Il ne faut pas oublier que celui-ci est d’une constitution faible depuis son accident de voiture et que ses séjours en Égypte sont justement effectués dans le but de lui éviter l’hiver anglais qui peut lui être fatal. C’est d’ailleurs les conclusions que tire Nicholas Reeves[19] : “ Le public choisit d’ignorer que lord Carnavon n’était pas de robuste constitution et que ses pèlerinages en Égypte avaient d’abord été entrepris pour des raisons de santé. Il préféra voir dans ce décès soudain la conséquence inévitable d’un sacrilège : avoir troublé le repos du pharaon.
L’auteur parle aussi des multiples théories qui circulent dans les journaux et qui font le sujet de conversation des gens. À cet effet, la romancière Marie Corelli dit 15 jours avant l’ouverture du sarcophage que “ Toute intrusion imprudente dans une tombe scellée sera suivie du plus terrible des châtiments. ” Arthur Conan Doyle est quant à lui partisan d’une mort attribuée à des “ génies, ni âmes ni esprits, créés par les prêtres de Toutankhamon pour protéger sa tombe ”[20]. Viennent par la suite les multiples relevés qui dressent la liste des personnes décédées après avoir été de près ou de loin en contact avec la tombe. Le catalogue établi est si volumineux que le public impressionné se refuse de n’imputer toutes ces morts qu’à la seule force du hasard. D’ailleurs, en plus des humains, le public voit la main vengeresse de Toutankhamon frapper le canari de Carter, lequel est avalé dans sa cage par un cobra[21], de même que la chienne de Carnavon, qui meurt vraisemblablement en même temps que son maître en poussant un puissant hurlement. À cela il faut ajouter une panne d’électricité qui plonge le Caire dans la noirceur, encore une fois au moment où Carnavon s’éteint. Nicholas Reeves montre que la vengeance de Toutankhamon est on ne peut plus paradoxale, surtout lorsque l’on passe en revue les statistiques réalisées en 1934 par l’égyptologue Herbert E. Winlock[22] et qui montrent que sur les 26 personnes présentes lors de l’ouverture de la tombe, seulement 6 moururent au cours des dix années suivantes et que sur les 22 qui assistèrent à l’ouverture de la cave funéraire, seules 2 décédèrent. Quant aux 10 personnes présentes lorsque la momie fut démaillotée, pas une seule n’avait encore été victime de la malédiction. Nicholas Reeves précise que Carter lui-même n’allait mourir qu’en 1939, à l’âge de 64 ans, que Harry Burton, photographe de l’expédition, ne disparut qu’en 1940, à 60 ans et que lady Evelyn Herbert, l’une des premières personnes à pénétrer dans la tombe, a vécu jusqu’en 1980. “ …Toute personne saine d’esprit ne peut que négliger et dédaigner ces sortes d’inventions ”, disait l’archéologue[23], rejoignant les idées d’Arthur Weigall : “ Je suis toujours surpris du grand nombre de touristes et de marchands d’antiquités qui croient à la malédiction des pharaons, parce que les Égyptiens anciens étaient tout de même bien le peuple le plus aimable de l’Antiquité… ”[24]
D’ailleurs, la construction du mythe Toutankhamon ne se limite pas aux multiples trésors que recèle le tombeau et à la malédiction intelligemment bien entretenue par les médias. L’ouverture du sarcophage fait découvrir un jeune pharaon d’environ 18 ans, donc mort dans la fleur de l’âge. La soeur de lord Carnavon, lady Burghclere, résume assez bien l’ampleur que vont prendre les événements[25]" A story that opens like Aladdin’s Cave, and ends like a Greek myth of Nemesis cannot fail to capture the imagination of all men and women who, in this workaday existence, can still be moved by tales of high endeavour and unrelenting doom. " Jean-Marcel Humbert qui étudie depuis plusieurs années le phénomène de l’égyptomanie est aussi de cet avis[26] : “ Tout est en place pour alimenter une nouvelle vague d’égyptomanie : un trésor fabuleux, un roi-enfant emporté dans la fleur de sa jeunesse, la légende fausse et savamment entretenue d’une malédiction poursuivant les fouilleurs ".
Il ne fait aucun doute que tous les éléments sont enfin réunis pour permettre la matérialisation du mythe “ Toutankhamon ” dans différents domaines culturels et artistiques. Ainsi, en diffusant la découverte, les médias vont faire que l’égyptomanie va sortir de la somnolence dans laquelle elle était plongée depuis plusieurs années. La nouvelle vague de fascination pour l’Égypte des pharaons qui gagne les gens va lui permettre de reprendre un nouveau souffle.
FONDEMENTS CULTURELS DU DISCOURS MÉDIATIQUE
Il existe bien avant la découverte de la tombe de Toutankhamon une passion pour l’Égypte et un attrait marqué pour l’exotisme que procure le contact avec le monde oriental. C’est donc dire que le discours médiatique des années 1920 s’inscrit dans d’importants fondements culturels. Le but poursuivi par l’étude de deux d’entre eux, l’égyptomanie et le romantisme, est de montrer que la découverte de la sépulture pharaonique ne crée pas l’égyptomanie, mais plutôt lui donne une nouvelle vie.
Ainsi, sachant que la découverte éveille le courant égyptomaniaque, et que l’égyptomanie est l’un des fondements culturels dans lequel s’inscrit le discours médiatique, il est impératif de définir ce qu’est l’égyptomanie, un terme que l’on peut distinguer de deux autres mots avec lesquels il peut entrer en confusion, c’est-à-dire l’égyptologie et l’égyptophilie.
L’égyptologie est des trois termes le plus facile à comprendre. Il s’agit de la science par laquelle les historiens, que l’on nomme les égyptologues, étudient les choses relatives à l’Égypte ancienne. L’égyptophilie fait quant à elle appel au sentiment d’amour qu’éprouvent certaines femmes et certains hommes pour l’Égypte. Être égyptophile, c’est aimer voyager en Égypte et avoir le goût de posséder des antiquités égyptiennes afin de pouvoir les exposer dans un cabinet de curiosités.
Pour
que la distinction entre égyptophilie et égyptomanie soit manifeste, une
définition négative de l’égyptomanie est peut-être de mise. Celle-ci n’est pas
la manie de l’Égypte, pas plus qu’elle n’implique la copie de formes
égyptiennes. Pour Jean-Marcel Humbert, ces deux définitions négatives renvoient
plutôt à l’égyptophilie[27].
D’ailleurs, la lecture d’un article paru dans Le Nouvel Observateur
montre que l’auteur n’a pas assimililé cette différence très importante. De
fait, il note comme phénomène égyptomaniaque l’engouement et l’amour des gens
pour les voyages en Égypte[28].
Jean-Marcel Humbert affirme d’ailleurs que peu de gens parviennent à faire la
distinction fondamentale entre les deux termes[29].
L’égyptomanie est plutôt la recréation et la réutilisation de formes et de
modèles égyptiens, par un artiste qui exprime à cet effet toute sa sensibilité
et celle de son époque. Il s’affaire à redonner une apparence de vie aux objets
et aux monuments, mais en ayant en tête qu’ils sont utilisés à d’autres fins
qu’auparavant[30]. La
définition suivante qui vient aussi de Jean-Marcel Humbert élimine toute
possibilité de méprise sur le sens du terme[31]:
"L’égyptomanie est en effet, et c’est une de ses originalités, un réceptacle de symboles. Il ne faudrait pas croire que ces symboles sont liés à ceux qui ont pu, dans l’Antiquité, être attachés à des formes équivalentes : il s’agit bien, au contraire, de symboles nouveaux que revêtent ces formes au fil des siècles, sous l’influence mouvante des goûts et des idées. Et l’on constate qu’à toute époque, les formes égyptiennes sont toujours choisies par les artistes en connaissance de cause, et dans un but bien particulier. Elles recréent tous les mystères d’un pays lointain et mal connu, à la grandiose civilisation et à l’écriture indéchiffrable, elles rejoignent les secrets de la franc-maçonnerie, évoquent la campagne militaire de Bonaparte en Égypte, se fondent dans le mythe de Napoléon.
L’Égyptomanie recouvre en fait une réalité complexe qui associe trois éléments : des sources archéologiques et artistiques, le goût du public pour la “ nouveauté ” et l’exotisme, et le symbolisme qu’elle véhicule. Parallèlement, l’égyptomanie est aussi l’expression d’un style néo-égyptien, résurrection de l’art égyptien ancien et réemploie dans un autre cadre des thèmes de cet art, et d’un style néo-égyptisant, réutilisation et adaptation des formes nées d’une égyptomanie antérieure. "
Les nombreux synonymes d’égyptomanie sont souvent utilisés à mauvais escient par ceux qui confondent les termes égyptomanie et égyptophilie. Néanmoins, quelques-uns d’entre-eux, comme les termes anglais “ Nile Style ” et “ Egyptian Revival ” sont très évocateurs et beaucoup plus précis que le terme français.
Jean-Marcel Humbert a raison d’affirmer qu’avec la découverte de la tombe de Toutankhamon, tout était en place pour relancer une nouvelle vague d’égyptomanie. Plus loin, il sera question de la matérialisation du mythe tout au long du XXe siècle par des événements qui éveillent constamment chez les Occidentaux la fascination pour le pharaon et toutes les histoires qui le bordent. Mais d’abord, les quelques lignes suivantes permettront de décrire brièvement le parcours de l’égyptomanie depuis son origine romaine.
L’égyptomanie puise ses sources dans le monde romain qui développe, surtout à partir du premier siècle avant notre ère, de multiples contacts avec l’Égypte. D’ailleurs, cette dernière devient rapidement la propriété personnelle des empereurs. Évidemment, les Romains n’avaient probablement pas conscience qu’ils allaient créer, par leurs actions, un mouvement dans l’histoire de l’art qui allait perdurer, encore à l’aube du XXIe siècle. Quoi qu’il en soit, leurs intérêts et leurs goûts les poussent à récupérer et à copier les objets d’art égyptien, en leur donnant cette nouvelle utilité qui est essentielle pour qualifier ces événements de phénomènes relevant de l’égyptomanie.
Rome contient à cet égard un large éventail d’objets qui montrent la fascination que subissent ceux qui ont initié un contact avec la terre des pharaons. Ça et là se trouvent des tombes qui ont comme ornement une pyramide et des obélisques utilisés comme cadrans solaires. Encore, ce sont des temples et des jardins qui montrent des décors égyptisants. N’oublions pas surtout l’importante statuaire romaine qui offre plus d’une fois aux regards des statues égyptisantes d’empereurs et de personnages associés au pouvoir, soulignant par le fait même un certain syncrétisme politico-religieux, Rome étant la maîtresse de l’Égypte. Il en est ainsi par exemple pour Antinoüs, le favori d’Hadrien, représenté sous une forme osirienne après sa tragique noyade dans le Nil[32]. À toutes ces manifestations, il faut ajouter la récupération et l’adaptation de cultes égyptiens, comme celui de la déesse Isis[33].
Après ces heures de gloire, l’égyptomanie tombe pour plusieurs siècles dans l’oubli avant de refaire surface à la Renaissance. À partir de cette période, l’Occident est marqué par une réutilisation constante de formes égyptiennes qui paraissent dans des domaines aussi variés que l’architecture, la décoration intérieure, le mobilier, les objets d’art, la sculpture, la peinture, le théâtre, voire le cinéma au début du XXe siècle.
À plusieurs reprises se manifeste une volonté chez certains personnages de transmettre aux gens de leur époque leur propre vision du monde égyptien. Le travail du père Athanase Kircher en est un bon exemple. De 1636 à 1679, il publie une dizaine de livres spéculatifs sur les obélisques, les sphinx et les hiéroglyphes dont il propose une traduction. Les limites de ce texte empêchent de brosser un tableau complet de toutes les manifestations égyptomaniaques qui surgissent au gré des découvertes et des passions pour l’Égypte[34]. Mais au hasard de certains événements, l’égyptomanie connaît une recrudescence et reprend en forces. Ainsi en est-il lorsque Napoléon Bonaparte, qui n’est pas encore empereur, mène en 1798 une expédition en Égypte. Accompagné par plusieurs dizaines de savants, il va permettre que soit réalisée la monumentale Description de l’Égypte qui reste encore aujourd’hui un outil de référence privilégié. Elle deviendra d’ailleurs la grammaire des formes, inspirant plus d’un artiste. À peine l’ouvrage est-il paru qu’un autre événement suscite un nouvel engouement pour l’Égypte. Il s’agit du déchiffrement des hiéroglyphes, en 1822, par Jean-François Champollion. Ironie du hasard, cette découverte prodigieuse est realisée cent ans avant celle non moins fabuleuse de Howard Carter et de lord Carnavon[35]. Aux événements qui ont ponctué à un moment ou à un autre le courant de l’égyptomanie, il faut aussi ajouter l’ouverture du canal de Suez, à la fin du XIXe siècle, et bien évidemment la découverte de la tombe de Toutankhamon, qui est à la base de cette étude.
Sur le plan littéraire, l’Europe connaissait déjà au XIXe siècle les multiples retombées littéraires du phénomène égyptomanie. C’est principalement le courant romantique, où s’exprime toute la fascination pour l’Orient, le rêve de l’exotisme et du passé qui est à lui seul le moteur de tous les écrits à connotations égyptomaniaques. Le romantisme produit évidemment une rupture importante avec les écrits philosophiques qui prévalaient au siècle précédent. À la raison, il substitue le mystère et le fantastique. L’Égypte est à cet égard un bon sujet à exploiter. Son altérité fait d’elle, pour reprendre une expression de Alain-Pierre Zivie, une “ merveilleuse machine à faire fantasmer ”[36]. L’auteur ajoute que “ …l’Égypte étant radicalement autre, se situant ailleurs dans l’espace et dans le temps, elle devient alors un objet de fantasme pour tous et particulièrement pour les égyptomanes aux motivations diverses… ”[37]
Le témoignage le plus significatif de la récupération d’éléments égyptiens vus dans cette optique romantique est Le roman de la momie, écrit en 1858 par Théophile Gautier. On y voit un lord anglais tomber follement amoureux de la momie intacte d’une jeune femme appartenant au rang princier. Hypnotisé par sa beauté et par la passion qu’elle éveille chez lui, il va jusqu’à voler la momie afin de pouvoir la conserver à ses côtés. C’est là qu’il découvre en son sein un manuscrit racontant son histoire. Il va ainsi passer ses journées entière à traduire le document afin de tout savoir de cette belle inconnue qui a bouleversé sa vie.
Théophile Gautier et ses pairs romantiques ne sont pas les seuls à exprimer la fascination qu’exercent sur eux le monde oriental et égyptien. La touche réaliste, dont un bon représentant est Flaubert, est elle aussi contaminée à plusieurs reprises par ceux-ci. Un roman de ce dernier, Salammbô, qui emprunte l’exotisme du monde carthaginois, montre bien cette influence de l’Orient sur l’Occident[38]… et Flaubert est aussi de ceux qui ont fait le “ pèlerinage romantique ” en Égypte…
Des premiers balbutiements de l’égyptomanie à la médiatisation du mythe “ Toutankhamon ”, un changement de mentalité important a lieu, lequel est d’ailleurs imposé par les média qui rendent les informations accessibles au grand public. En effet, l’engouement pour l’Égypte n’est plus l’apanage des aristocrates et des bourgeois fortunés qui ont le temps et les deniers pour se laisser aller à leur passion pour le monde et la mode pharaoniques. L’égyptomanie connaît avec Toutankhamon une certaine démocratisation, étant désormais accessible à tous. La société de consommation qui va se développer au cours du XXe siècle va mettre sur le marché une quantité infinie d’objets et de livres bon marché qui vont permettre à chacun de s’approprier une part du rêve[39].
EFFETS DE LA DÉCOUVERTE DANS LA CULTURE OCCIDENTALE
Avec la découverte de la tombe de Toutankhamon, c’est une égyptomanie qui devient accessible à tous. La dernière partie de ce texte a d’ailleurs montré l’existence dans la culture occidentale de fondements culturels importants liés à cette fascination pour le monde égyptien. Ainsi, le discours médiatique qui crée et diffuse le mythe “ Toutankhamon ” va raviver avec une force étonnante l’égyptomanie et ce, dans les jours mêmes qui suivent la trouvaille de Carter et Carnavon.
Une des premières formes d’expression touchée par la médiatisation de la découverte est l’Art Déco[40]. Les différents objets conservés des années 1920 montrent comment celui-ci s’est égyptianisé. Il faut comprendre à cet effet que les motifs géométriques de l’art égyptien, certes déjà connus, mais dont l’usage est perçu d’une manière différente par l’intermédiaire des nouveaux objets qui sortent de la tombe, sont une bonne source d’inspiration pour les artistes. La découverte donne une nouvelle fois le goût d’utiliser le côté abstrait, bi-dimensionnel et bariolé de l’art égyptien[41]. James C. Curl fait aussi le lien entre la récupération de formes et de motifs égyptiens par l’Art Déco et la démocratisation que connaît à cette époque le monde des arts et des artéfacts. La médiatisation de la découverte avait justement eu comme conséquence de permettre au grand public le contact avec l’Égypte. Les objets d’art sont donc accessibles à tous, les matériaux de fabrication permettant de les vendre à des prix élevés ou non[42].
Un autre domaine important, la joaillerie, va profiter de la découverte pour mettre sur le marché des objets inspirés directement de cette dernière. À la base de ce nouveau type d’égyptomanie se trouvent encore une fois les formes et les motifs égyptiens qui permettent par leur géométrie, leur symétrie de même que leurs couleurs, la réalisation de bijoux intéressants. La maison Cartier, qui est en quelque sorte au sommet de l’échelle pour tout ce qui touche à la joaillerie, n’échappe pas au phénomène. Elle récupère et redonne notamment vie aux motifs traditionnels comme les scarabées et les fleurs de lotus, ce dont témoignent un nombre important de productions. Le masque funéraire du pharaon est aussi un objet largement réutilisé par les joailliers, comme le nécessaire “ Toutankhamon ” de Cartier réalisé en 1923, au lendemain de la découverte.
Les
industries de la mode et de la haute couture vont aussi exploiter largement la
découverte de la tombe Toutankhamon. Elles introduisent sur le marché des
teintes et des motifs de tissus qui ne sont pas sans rappeler l’Égypte qui est
éveillée par Carter et Carnavon. Une
insistance particulière est mise sur les robes à taille basse ou sur différents
objets qui évoquent des symboles égyptiens bien connus de tous. Notons que le
pagne est remplacé par un châle noué sur les hanches et que des serre-têtes
font office de couronnes. En hommage au riche mécène par qui la découverte de
la sépulture a été possible, les stylistes poussent l’audace à inventer et à
commercialiser la robe dite “ Carnavon ”[43].
Après l’Art Déco, la joaillerie et la mode, c’est au tour de l’architecture d’être influencée par la découverte[44]. Les vestiges de cette égyptomanie qui prend des proportions parfois gigantesques, sont d'ailleurs encore perceptibles de nos jours. Les réalisations vont des simples demeures utilitaires aux grands édifices couronnant le succès de grandes compagnies, tel celui élevé au coeur de New York, en 1928, par Chrysler. Le courant égyptomaniaque qui baigne le monde occidental va jusqu’à influencer l’architecture de la devanture de l’usine de la compagnie Hoover, à Londres, où le choix est porté sur l’imitation d’un temple, de même que le décor de l’entrepôt de la compagnie Reebie, à Chicago. Les réalisations architecturales montrent toutes, comme le dit Jean-Marcel Humbert, “ la capacité d’adaptation de l’art égyptien.[45] ”
De nombreuses salles de théâtre et de cinéma vont aussi profiter des années Toutankhamon pour adapter leur décor au goût de l’heure. Par exemple, l’Egyptian Theatre, à DeKalb, emprunte à Toutankhamon l’image de l’un de ses sarcophages et le scarabée de son nom. Le cinéma Louxor de Paris récupère quant à lui des mosaïques multicolores typiquement égyptiennes. Même Montréal participe à cet engouement mondial pour la “ Toutankhamon-manie ” en érigeant en 1928 le New Empress Theatre. Ceci s’explique par la coïncidence qui lie la découverte de la tombe de Toutankhamon avec le développement de plus en plus intense de l’industrie cinématographique.
Cette dernière va à son tour largement exploiter l’engouement du public pour le phénomène “ Toutankhamon ”. Évidemment, le choix des réalisateurs va s’arrêter sur quelques objets qui valent le coût d’être récupérés et présentés au public, même si ce n’est pas Toutankhamon qui en fait l’utilisation, mais plutôt Cléopâtre, comme c’est le cas pour le film du même nom de Cecil B. de Mille, qui est à l’affiche en 1934[46]. Ce même producteur va aussi mener à terme en 1956 un nouveau projet cinématographique, Les Dix Commandements, et cette fois, c’est un Ramsès II qui ressemble étrangement à Toutankhamon qui court après les Hébreux qui fuient l’Égypte.
Mais ce sont surtout les images de momies vengeresses et de pharaons punisseurs qui réagissent contre la violation de leurs sépultures qui attirent ici notre attention. Ces éléments, qui se prêtent avec brio à la réalisation de scénarios de films, montrent bien comment le cinéma récupère et exploite le mythe “ Toutankhamon ”. Ainsi paraît en 1959 le film de Terence Fischer dont le titre, La Malédiction des Pharaons, est on ne peut plus évocateur[47]. N’oublions pas aussi tous les films d’horreur et les dessins animés qu’il est impossible de nommer ici tant la liste est grande[48]. Ceci fait dire à Jean-Marcel Humbert, lors d’un colloque[49] que “ le nombre de films tournés à l’égyptienne montre que ces thèmes [ceux liés à l’égyptomanie, donc malédiction, trésors, etc.] rencontrent un écho profond dans le grand public, et répondent à une certaine demande de l’inconscient collectif. ” Le cinéma n’est pas le seul à avoir contracté l’égyptomanie. Cette dernière va aussi se faire sentir dans de multiples productions scéniques qui vont être présentées dans des endroits bien connus du public comme le Lido et le Moulin Rouge de Paris[50]. Jean-Marcel Humbert offre encore une fois une bonne synthèse sur cette question[51].
L’égyptomanie est éveillée au gré d’événements ponctuels. Pourtant, même si d’autres découvertes aussi importantes sont réalisées dans les années qui suivent celle de Carter et de Carnavon, comme les trouvailles de Pierre Montet qui met au jour en 1939 les tombes inviolées des XXIe et XXIIe dynasties[52], la fascination et l’attrait suscités par le mythe “ Toutankhamon ” sont toujours présents et prennent beaucoup de place, même après plusieurs années. En témoignent les expositions itinérantes qui partout à travers le monde ont attiré des millions de visiteurs. Les plus importantes sont celles de Paris, en 1967, Londres, en 1972, et surtout New York, en 1978. La nouvelle vague d’égyptomanie et de créativité est largement entretenue par une médiatisation de masse qui n’hésite pas à recourir à la télévision et au vidéo qui sont désormais accessibles à tous les individus.
Concernant ces expositions itinérantes sur Toutankhamon, il est stupéfiant de voir à quel point l’attrait pour l’or, la jeunesse d’un roi mort dans la fleur de l’âge et la non moins célèbre malédiction était toujours aussi grand, malgré les cinquante années qui s’étaient écoulées depuis l’heureuse trouvaille de Carter et de Carnavon. Christopher Frayling dit à cet effet que la fascination pour le mythe atteint un point tel qu’il est possible de vendre tout ce qui porte le sceau de Toutankhamon. Ainsi, le marché est envahi par des objets comme des disques volants (“ freesbee ”), des chopes à bières, des chandails, des jouets, des affiches, sans compter les condoms “ Toutankhamon ”, la nourriture pour chien “ King Kuts ”, les boîtes à cigares en forme de sarcophages et les moules à “ Jell-O ” ayant l’aspect du masque funéraire du pharaon. Harry Beal Torrey rapporte dans un article intitulé “ Toutankhamon-Manie ” qu’une taie d’oreiller avec le masque en or du pharaon se vendait 50 dollars américains[53]. Les gens se rendent même à la boutique du Metropolitan Museum of Art de New York avant de voir l’exposition, tous voulant mettre la main sur un objet.
La télévision américaine diffuse pendant l’exposition des interviews avec Toutankhamon dont on a modélisé le masque funéraire pour qu’il puisse lui-même parler au public. À ceci il faut ajouter différents spectacles exploitant la thématique du mythe, dont celui de Steve Martin et sa célèbre chanson “ King Tut ”. Le succès est si grand qu’on n’hésite pas à le présenter à “ Saturday Night Live ”, l’une des émissions de divertissement les plus regardées des États-Unis[54].
Il serait vain de vouloir dresser la liste de toutes les manifestations égyptomaniaques, relatives ou non à Toutankhamon, qui baignent cette fin de siècle. Cette entreprise demanderait certainement que l’on y consacre une thèse de doctorat. Toutefois, avant de conclure cette étude, il faut rappeler que l’Égypte qui fascine fait toujours partie du quotidien. Ainsi, songeons à la pyramide édifiée au Louvre par François Mitterrand ou encore au prestigieux Harrods de Londres entièrement décoré à l’égyptienne. Ici même au Québec, la loterie L’Or Des Pharaons, mise sur pied en décembre 1997 par Loto-Québec, a également exploité cette idée des trésors perdus au sein de l’Égypte, avec au centre du billet le masque funéraire de Toutankhamon à gratter, une récupération bien moderne d’un mythe qui ne cesse de fasciner les gens de tous âges.
CONCLUSION
À la lumière de cette étude, force est de constater que “ Toutankhamon ” est un mythe qui perdure. L’exploitation médiatique des années 1920 et le développement qui lui est subséquent ont fait qu’il demeure encore aujourd’hui un fantasme pour le monde occidental. Ce dernier est en effet toujours aussi friand d’un univers où dominent le magique et le merveilleux, ce qui brise en quelque sorte avec certaines banalités du quotidien. La conscience collective participe d’ailleurs activement au mythe qui va s’édifier et se peaufiner tout au long du XXe siècle.
La découverte de la sépulture pharaonique et sa diffusion dans la presse internationale s’inscrivaient en continuité avec de nombreux événements qui avaient chacun leur tour éveillé l’engouement et les passions du public pour l’Égypte. Ces événements n’ont cessé de faire poindre un phénomène vieux de quelques 2000 ans, l’égyptomanie, laquelle est apparue pour la première fois chez Romains.
Le but de ce texte n’était pas d’atteindre l’exhaustivité sur le sujet, les limites de ce travail n’ayant pas permis de déceler, comme l’a fait le spécialiste de la question Jean-Marcel Humbert, le moindre phénomène égyptomaniaque. Il était plutôt question de faire prendre conscience au lecteur qu’il existe bel et bien un mouvement de l’histoire de l’art, l’égyptomanie, qui s’éveille au gré d’événements ponctuels. L’ampleur prise par l’histoire de la découverte de la tombe de Toutankhamon et la construction médiatique qui s’initie à partir des années 1920, et qui finit par faire prendre des formes matérielles au mythe “ Toutankhamon ”, étaient à cet égard un bon choix pour montrer la récupération d’un tel événement dans l’égyptomanie.
La réouverture toute récente de plusieurs galeries égyptiennes de certains grands musées laisse appréhender une nouvelle vague d’égyptomanie qui pourrait raviver les passions pour le petit roitelet Toutankhamon, mort dans la fleur de l’âge, enterré avec de superbes trésors et ramené à la vie avec une force étonnante. Ce questionnement est d'ailleurs agacé par des journaux qui diffusent largement cet événement et des librairies inondées par des ouvrages plus ou moins sérieux sur l’Égypte. Ils participent à leur manière à cette construction médiatique qui est un point d’appui essentiel à l’égyptomanie.
BIBLIOGRAPHIE
OUVRAGES DE RÉFÉRENCES :GRIMAL, Nicolas, Histoire de l’Égypte ancienne, Paris, Fayard, 1988, 668 p.
POSERNER, Georges, Serge SAUNERON et Jean YOYOTTE, Dictionnaire de la civilisation égyptienne, Paris, Hazan, 1992, 324 p.
MONOGRAPHIES :CARTER, Howard, La fabuleuse découverte de la tombe de Toutankhamon, trad. de l’anglais par Gérard Watelet, Paris, Pygmalion, 1978, 187 p.
CARTER, Howard et A. C. MACE, The Tomb of Tut-Ankh-Amen, vol 1, New York, Cooper Square Publishers, Inc., 1963 (1954) 231 p.
CURL, James Steven, Egyptomania, The Egyptian Revival : a Recurring Theme in the History of Taste, Manchester, Manchester University Press, 298 p.
DESROCHES NOBLECOURT, Chistiane, Toutankhamon, vie et mort d’un Pharaon, Paris, Pygmalion, 1977 (1963), 312 p.
HOVING, Thomas, Tout-Ankh-Amon, Histoire secrète d’une découverte, Paris, Robert Laffont, 1979, 330 p.
HUMBERT, Jean-Marcel, L’égyptomanie dans l’art occidental, Paris, ACR, 1989.
HUMBERT, Jean-Marcel, Michael PANTAZZI et Christiane ZIEGLER, Egyptomania : L’Égypte dans l’art occidental 1730-1930, Paris, Réunion des musées nationaux, Ottawa, Musée des beaux-arts du Canada, 1994, 606 p.
JACQ, Christian, L’affaire Toutankhamon, Paris, Pocket, 1995, 512 p.
REEVES, Nicholas, Toutankhamon : Le roi. La tombe. Le trésor royal, Paris, Belfond, 1991, 224 p.
SOLÉ, Robert, L’Égypte, passion française, Paris, Seuil, 1997, 415 p.
VANDERBERG, Philipp, Toutankhamon, Paris, Belfond, 1979, 271 p.
VERCOUTTER, Jean, À la recherche de l’Égypte oubliée, Paris, Gallimard, 1995 (1986), 224 p.
OUVRAGES COLLECTIFS :HUMBERT, Jean-Marcel, “ Égyptomanie et spectacle scénique du XVIIIe siècle à nos jours ”, Théâtre et spectacles hier et aujourd’hui, Paris, 1991, pp. 485-495.
ARTICLES DE REVUE :ANQUETIL, Gilles, “ Egyptomania ”, Le Nouvel Observateur, no 1264, 26 janvier 1989, pp. 26-35.
CURL, James Steven, “ Du Nil à la Seine ”, Connaissance des Arts, no 2, mai 1986, pp. 80-85.
FAZZINI, Richard, “ Rêve ou réalité. La persistance d’une certaine image de l’Égypte ”, Courrier de l’UNESCO, septembre 1988, pp. 33-35.
HONOUR, Hugh, “ The Egyptian Taste ”, The Connaisseur, vol CXXXV, no 456, mai 1955, pp. 242-246.
HUMBERT, Jean-Marcel, “ Actualités de l’Égyptomanie ”, Revue de l’Histoire des religions, tome CCI, no 1, 1984, pp. 106-108.
KUSPIT, Donald B., “ Our Egypt ”, Art in America, tome 67, no 2, mars-avril 1979, pp. 86-93.
LANT, Antonia, “ The Curse of the Pharaoh, or How Cinema Contracted Egyptomania ”, October, no 59, hiver 1992, pp. 86-112.
RATCLIFF, Carter, “ Tut, Exxon and Anita Loos ”, Art in America, tome 67, no 2, mars-avril 1979, pp. 94-100.
ACTES DE COLLOQUES :HUMBERT, Jean-Marcel, “ Les Pharaons d’Hollywood : archéologie et égyptomanie au cinéma ”, L’Archéologie et son image, Actes du colloque tenu à Antibes en 1987, Juan-les-Pins, 1988, pp. 261-274.
ZIVIE, Alain P., “ L’Égypte ancienne ou l’Orient perdu et retrouvé ”, D’un Orient l’Autre. Les métamorphoses successives des perceptions et connaissances, Actes du colloque D’un Orient l’Autre. Les métamorphoses successives des perceptions et connaissances, Le Caire, 1985, vol 1, pp. 35-44.
FILMOGRAPHIE :1934 : Cléopâtre, film de Cecil B. De Mille.
1954 : L’Égyptien, film de Michael Curtiz.
1955 : La Terre des Pharaons, film de Howard Hawks.
1956 : Les Dix Commandements, film de Cecil B. De Mille.
1959 : La Malédiction des Pharaons, film de Terence Fischer.
1963 : Cléopâtre, film de Joseph L. Mankiewicz.
1965 : Pharaon, film de Jerzy Kawalerowicz.
1985 : Esclave et pharaon, film de Patrick Meunier.
1985 : Le Secret de la pyramide, film de B. Levinson.
1992 : Toutankhamon, Égyptomanie, film de Christopher Frayling.
1994 : Egyptomania, film (super 16 mm) de Renan Polles.
1950 : King Tut’s Tomb (Heckle et Jeckle), dessin animé de Paul Terry.
1954 : Water, water, every hare (Bugs Bunny), dessin animé de Charles M. Jones.
1957 : Mouse-taken identity (chat Sylvestre), dessin animé de Robert Mc Kimson.
1983 : L’Inspecteur Gadget et la Malédiction de Toutankharton, dessin animé de Bruno Bianchi, Jean Chalopin et Andy Heyward.
1984 : Les Entrechats : l’exposition Toutankhamon, dessin animé de Jean Chalopin, Bruno Bianchi et George Gately.
1985 : Edgar de la Cambriole : la malédiction de Toutankhamon, dessin animé de Tokyo Movie Shinsha.
1986 : Les Mondes engloutis : Toutankhaton, dessin animé de France Animation et RMC Audiovisuel.1992 : Toutankhamon, Égyptomanie, film de Christopher Frayling.
CÉDÉROM :DDESROCHES NOBLECOURT, Christiane, Toutankhamon, Syrinx, 1997.
[1] Christian Jacq, L’affaire Toutankhamon, Paris, Pocket, 1995, 512 p.
[2] Chistiane Desroches Noblecourt, Toutankhamon, vie et mort d’un Pharaon, Paris, Pygmalion, 1977 (1963), 312 p.
[3] Jean VERCOUTTER, À la recherche de l’Égypte oubliée, Paris, Gallimard, 1995 (1986), p. 113.
[4] Les lecteurs soucieux d’approfondir leurs connaissances sur Howard Carter et son cheminement pourront consulter les ouvrages suivants qui sont d’excellentes synthèses. Nicholas Reeves, Toutankhamon : Le roi. La tombe. Le trésor royal, Paris, Belfond, 1991, pp. 40-43 ; Christiane Desroches Noblecourt, Toutankhamon, vie et mort d’un Pharaon, Paris, Pygmalion, 1977 (1963), 312 p. ; Jean Vercoutter, op. cit., pp. 114-115. Les ouvrages de Philippe Vandenberg, Toutankhamon, Paris, Belfond, 1979, 271 p. et de Thomas Hoving, Tout-Ankh-Amon, histoire secrète d’une découverte, Paris, Robert Laffont, 1979, 330 p. offrent aussi plusieurs lignes sur la vie de Carter. Ils doivent toutefois être lus et utilisés avec de multiples réserves.
[5] Pour lord Carnavon, voir Nicholas Reeves, op. cit., 44-47 ; Jean Vercoutter, op. cit., 115-116 et l’esquisse biographique dressée par la soeur de Carnavon dans Howard Carter et A. C. Mace, The Tomb of Tut-Ankh-Amen, vol 1, New York, Cooper Square Publishers, Inc., 1963 (1954) , pp. 1-40.
[6]Nicholas Reeves, op. cit., p. 44.
[7] À la base de cette ténacité exprimée par
Carter sont des objets des fouilles de Davies que le Metropolitan Museum of Art
de New York présente au public. Ces derniers sont en fait marqués du sceau de
Toutankhamon et font partie des pièces d’un banquet funéraire, ce qui laissait
croire que la découverte de la tombe du pharaon peu connu était toujours
possible.
[8]Howard Carter et A. C. Mace, op. cit., pp. 141-150.
[9] Voir sur cette question les premières minutes du film de Christopher Frayling, Toutankhamon, Égyptomanie, paru en 1992.
[10] Howard Carter, La fabuleuse découverte de la tombe de Toutankhamon, Paris, Pygmalion, 1978, p. 103.
[11] The New York Times, Saturday
february 17, 1923, p. 1
[12] Idem., Monday february
19, pp. 1-3.
[13] Idem., Wednesday
february 21, p. 3.
[14] Idem., Thuesday february 20, p. 10. Ce dernier article est une publicité.
[15] Howard Carter et Arthur C. Mace, op. cit., p. 141.
[16] Howard Carter, op. cit., pp. 103-104.
[17] Carter insiste d’ailleurs sur le fait que
certains usaient de multiples machinations afin d’avoir accès au tombeau. Il
rapporte même que “ certaines agences américaines proposaient à leurs
clients un voyage en Égypte spécialement pour voir la tombe ”. Howard Carter, op. cit., p. 107.
[18] Howard Carter et Arthur C. Mace, op. cit., p. 149.
[19] Nicholas Reeves, op. cit., p. 62.
[20] Idem., p. 63.
[21] Une association est aussitôt faite avec les cobras qui avaient forcé Carter et Carnavon à quitter Saïs quelques années auparavant.
[22]Nicholas Reeves, op. cit., p. 63.
[23] Cité par Nicholas Reeves, op. cit., p. 62.
[24] Philippe Vandenberg, op. cit., p. 151.
[25] Howard Carter et Arthur C. MACE, op. cit., p. 1.
[26]Jean-Marcel HUMBERT, Michael PANTAZZI et Christiane ZIEGLER, Egyptomania : L’Égypte dans l’art occidental 1730-1930, Paris, Réunion des musées nationaux, Ottawa, Musée des beaux-arts du Canada, 1994, p. 515.
[27] Idem., p. 21.
[28] Gilles Anquetil, “ Egyptomania ”, Le Nouvel Observateur, no 1264, 26 janvier 1989, p. 16.
[29]Voir une note de Jean-Marcel Humbert, L’égyptomanie dans l’art occidental, Paris, ACR, 1989, p. 308., où il dit que le professeur Jean Leclant définit parfaitement bien le terme égyptomanie contrairement à plusieurs autres qui le confondent incessamment avec égyptophilie.
[30] Jean-Marcel HUMBERT, Michael PANTAZZI et Christiane ZIEGLER, op .cit., p. 21.
[31] Jean-Marcel Humbert, op. cit., p. 12.
[33] Pour la question relative à l’égyptomanie romaine, se référer aux ouvrages suivants : Jean-Marcel HUMBERT, Michael PANTAZZI et Christiane ZIEGLER, op .cit., pp. 15-20 ; Jean Vercoutter, op. cit., pp. 13-27.
[34] Plusieurs articles donnent une bonne idée du panorama lié à l’égyptomanie des cinq derniers siècles. Pour approfondir cette question, outre les ouvrages déjà cités : Jean-Marcel HUMBERT, Michael PANTAZZI et Christiane ZIEGLER, op. cit., pp. 21 à 26 et de Jean-Marcel HUMBERT, op. cit.,pp. 16-33, voir James Steven CURL, Egyptomania, The Egyptian Revival : a Recurring Theme in the History of Taste, Manchester, Manchester University Press, 298 p., Hugh HONOUR, “ The Egyptian Taste ”, The Connaisseur, vol CXXXV, no 456, mai 1955, pp. 242-246, Jean-Marcel HUMBERT, “ Actualités de l’Égyptomanie ”, Revue de l’Histoire des religions, tome CCI, no 1, 1984, pp. 106-108, Donald B. KUSPIT, “ Our Egypt ”, Art in America, tome 67, no 2, mars-avril 1979, pp. 86-93 et James Steven CURL, “ Du Nil à la Seine ”, Connaissance des Arts, no 2, mai 1986, pp. 80-85.
[35] Pour de plus amples détails concernant le déchiffrement des hiéroglyphes et Jean-François Champollion, voir : Jean Vercoutter, op. cit., 86 à 95 et l’intéressant ouvrage de Robert Solé, L’Égypte, passion française, Paris, Seuil, pp. 75-83.
[36] Alain-Pierre ZIVIE, “ L’Égypte ancienne ou l’Orient perdu et retrouvé ”, D’un Orient l’Autre. Les métamorphoses successives des perceptions et connaissances, Actes du colloque D’un Orient l’Autre. Les métamorphoses successives des perceptions et connaissances, Le Caire, 1985, vol 1, p. 38.
[37] Idem., p. 42.
[38] Pour ces quelques lignes sur les courants
romantique et réaliste, voir l’ouvrage de Robert Solé, op. cit., pp. 89 et subséquentes.
[39] C’est d'ailleurs ce que montre Christopher Frayling dans le film cité plus haut.
[40] Cette partie se limitera à quelques
manifestations de l’égyptomanie. Elles sont trop nombreuses pour être
entièrement traitées.
[41] Voir encore une fois à cet effet les excellents propos du film de Christopher Frayling., op. cit.
[42] James C. Curl, Egyptomania,
The Egyptian Revival : a Recurring Theme in the History of Taste, p.
211.
[43] Voir le film de Christopher Frayling, op. cit..
[44] Pour approfondir, la consultation des ouvrages de Jean-Marcel Humbert, op. cit., pp. 34-95 de même que James C. Curl, op. cit., pp. 208-223 s’impose.
[45] Jean-Marcel Humbert, op. cit., p. 84.
[46] Claudette Colbert, interprête de Cléopâtre, arbore dans ce film un collier qui ressemble beaucoup à celui découvert par Carter dans le sarcophage de Toutankhamon.
[47] On voit dans ce film la copie de l’un des sarcophages du tombeau de Toutankhamon.
[48] Pour cette question, voir l’excellent article d’Antonia LANT, “ The Curse of the Pharaoh, or How Cinema Contracted Egyptomania ”, October, no 59, hiver 1992, pp. 86-112. Voir aussi la filmographie sommaire située à la fin de la bibliographie.
[49] Jean-Marcel HUMBERT, “ Les Pharaons d’Hollywood : archéologie et égyptomanie au cinéma ”, L’Archéologie et son image, Actes du colloque tenu à Antibes en 1987, Juan-les-Pins, 1988, p. 264.
[50] Dans une scène de la revue du Lido Panache, de 1985, intitulée “ Le Tombeau ”, l’un des sarcophages de Toutankhamon sert encore de modèle.
[51] Jean-Marcel HUMBERT, “ Égyptomanie et spectacle scénique du XVIIIe siècle à nos jours ”, Théâtre et spectacles hier et aujourd’hui, Paris, 1991, pp. 485-495.
[52] Jean VERCOUTTER, op. cit., p. 126.
[53] Harry Beal TORREY, “ Toutankhamon-Manie ”, Connaissance des Arts, no 326, avril 1979, p. 47.
[54] Voir à ce sujet Carter RATCLIFF, “ Tut, Exxon and Anita Loos ”, Art in America, tome 67, no 2, mars-avril 1979, pp. 94-100.