 |
PAPYRUS EXPRESS : ARTICLE 2
Le ciel au temps des pharaons.
|
[ Vol.1 no.2 : le 11 juin 2000 ]
Un article de Sylvie Griffon (La Rochelle, France).
AVANT - PROPOS
Les savants de la Vallée du Nil disposaient de moyens d'observation rudimentaires et
surtout pas d'instruments d'optique, contrairement à ce que l'on peut lire quelquefois
dans certains ouvrages peu sérieux. Pour tout dire, ils n'étaient pas des astronomes
aussi brillants que les Chaldéens, leurs voisins de Mésopotamie. Leur pensée s'est
structurée autour de l'opposition entre la Terre Noire, cultivée par l'homme, vulnérable,
symbolisant le bon ordre de la création et la Terre Rouge, le désert toujours menaçant
symbolisant le retour au chaos. Horus, fils d'Osiris, dont chaque Pharaon était la
réincarnation, s'identifiait à la terre fertile, tandis que Seth, frère félon d'Osiris,
agitateur cosmique et fauteur de troubles, habitait les espaces désertiques.
Cette vision d'un univers ordonné soumis à une sorte de principe d'entropie,
destructeur et fécond à la fois, puisqu'aucune vie ne peut se développer sans une
dose raisonnable de désordre, n'a rien à envier à nos théories modernes. En effet
si nous examinons les hypothèses actuelles sur le Big-Bang, nous apprenons que les
premières galaxies sont nées de singularités infimes au sein de la soupe
primordiale et que si ces singularités n'avaient pas existé, la matière ne se serait pas
condensée pour évoluer vers l'univers tel que nous le connaissons, dans toute sa
richesse et sa complexité.
LE CIEL
Il est probable que dès les origines, l'homme a levé les yeux vers le ciel. Nous pouvons
nous permettre d'imaginer auprès de la célèbre Lucy quelque Guetteur-de-Lune
(Note 1)
à l'affût des étoiles s'apercevant que certains phénomènes se reproduisaient à intervalles
réguliers.
Très tôt, sans doute également, a-t-il remarqué que ces phénomènes cycliques affectaient
sa vie quotidienne et que de la connaissance de ces cycles découlerait une amélioration
notable de ses conditions de vie.
Deux courants de pensée se sont ainsi fait jour :
-
LE DÉSIR DE COMPRENDRE LES LOIS NATURELLES
qui président à ces phénomènes et permettent
de les prédire, ce sont les fondements de la pensée scientifique. Ce désir fut
certainement beaucoup plus présent dans la pensée des Grecs que dans celle des
Égyptiens.
Prenons l'exemple de la géométrie : les Égyptiens possédaient toutes les connaissances
qu'il fallait pour poser les bases de la trigonométrie, mais ils ne sont jamais plus
allés plus loin que ce qu'ils devaient savoir pour recalculer chaque année la surface
des terres cultivables et en déduire le montant des impôts. Ils nous ont légué de
magnifiques exemples de résolution de triangles rectangles, mais à aucun moment ne se
sont égarés dans la spéculation pure. Ce n'était pas leur objectif.
Il en a été de même pour l'astronomie, et ceci, combiné au fait que le ciel égyptien n'a
pas la pureté du ciel mésopotamien peut expliquer qu'ils n'aient pas connu dans cette
matière, les progrès que nous pouvions attendre d'une civilisation aussi créative en
tant d'autres domaines.
Bien que l'Égypte soit au centre de nos préoccupations, je crois important de situer
quelques moments clés de notre compréhension de l'univers :
-
ANAXIMANDRE, élève de Thalès (-610,-547) introduit les notions d'infini et d'éternité
dans la description de l'Univers et émet l'hypothèse d'une terre cylindrique isolée
dans l'espace.
-
PYTHAGORE (-580,-500) pense que la terre est sphérique, ainsi que le Soleil et la Lune.
-
PHILOLAOS (vers -400), un pythagoricien, découvre que la rotation apparente des astres
dans le ciel au cours de la journée et de la nuit (mouvement diurne) est d'une autre
nature que le déplacement annuel du Soleil et des planètes par rapport aux étoiles.
Il ne croit pas que la Terre soit le centre de l'Univers.
-
ARISTARQUE DE SAMOS (-310, -230) propose un système héliocentrique complet.
-
ARCHIMEDE tente de démontrer que si la terre se meut sur son orbite sans que les étoiles
montrent un déplacement dû à la parallaxe, c'est que celles-ci sont extrêmement
lointaines.
-
Cette science naissante subira, sous l'influence de PLATON (428-348 a.n.è), ARISTOTE
(384-322 a.n.è), puis des religions judéo-chrétiennes, une stagnation dramatique qui
durera plus de 17 siècles ! Pour Arsistote l'Univers se divise en deux régions :
D'une part, le monde infralunaire (la Terre), grossier, imparfait, soumis au temps et
aux passions humaines, influencées par le mouvement des sphères extérieures.
D'autre part, le monde supralunaire : les cieux immuables, d'essence divine ou tout
peut se résoudre par des combinaisons de mouvements circulaires uniformes.
Ce système, décrit par PTOLÉMÉE en 150 de notre ère, dans son Almageste,
arrangeait bien tout le monde et surtout l'Église, en ces périodes de stagnation
sociale et de régression intellectuelle, et particulièrement les religieux qui ont fait
du ciel leur domaine de prédilection
(Note 2).
Il faudra attendre la Renaissance avec Tycho Brahé, Kepler, Galilée et Newton
(Note 3),
pour que la doctrine aristotélicienne soit enfin abandonnée, non sans d'âpres luttes.
-
LE CIEL, SIEGE D'ENTITÉS SURNATURELLES INACCESSIBLES d'où naîtront la plupart des
dogmes et des croyances irrationnelles. C'est ce courant qui l'emportera en Égypte,
laquelle n'ira pas au-delà d'une approche utilitaire et religieuse, contrairement aux
Grecs qui, nous l'avons vu, se poseront les questions fondamentales qui occupent
toujours les astronomes d'aujourd'hui : comment l'univers s'est-il formé ? De quoi
est-il fait ?
En Égypte, ce qui prévaut au temps des Pharaons, c'est avant tout le sentiment du sacré,
mais cela s'explique parfaitement dans ce contexte : nous vivons aujourd'hui en Occident
et particulièrement en France où l'Église et l'État sont séparés, dans un univers ou
sacré et profane ne s'interpénètrent pas ou très peu. Pour les Anciens, la nature
apparaît comme un ensemble de forces vivantes et personnalisées, qui agissent pour
leur propre compte tout en participant à la totalité du système. Certaines sont
considérées comme bénéfiques parce qu'elles contribuent au bon ordre de la création,
d'autres sont maléfiques et doivent être combattues ou apaisées. L'homme, partie
intégrante du cosmos, a donc son rôle à jouer et détient une responsabilité dans le
bon fonctionnement de l'ensemble.
Tout ce que les Égyptiens ne pouvaient expliquer mais dont, empiriquement, ils
percevaient les effets, participe de cet univers divin, d'où une totale imbrication
entre le monde des hommes et celui des dieux dont les manifestations étaient
quotidiennement perçues dans des domaines aussi divers que la croissance des végétaux,
les sentiments, la maladie, la naissance, la mort, le temps qu'il faisait etc.
Ainsi en est-il du Soleil : la terre tourne sur elle-même en 24h environ, ce qui
explique la succession des jours et des nuits. Même si nous disons encore que le Soleil se
couche et se lève à telle ou telle heure, nous savons bien qu'il se contente de
disparaître derrière l'horizon sous l'effet de la rotation de la terre et qu'il
réapparaîtra le lendemain sans que nous n'y soyons pour rien.
Pour les Anciens au contraire, le Soleil est un être vivant, doué d'une volonté propre
et éventuellement vulnérable aux agressions de forces adverses. Il naît chaque matin,
prend vigueur et grandit, puis se retire le soir pour entreprendre un périple nocturne
d'où il pourrait ne jamais revenir si le Pharaon (ou par délégation son grand-prêtre)
ne le faisait renaître au moyen d'un rituel approprié. Ayant expérimentalement constaté
l'influence primordiale qu'il exerçait sur toutes les formes de vie, la plupart des
peuples de l'Antiquité en ont fait une divinité de tout premier plan, qui dispense le
souffle à celui qui est dans l'oeuf
(Note 4).
Il n'a pas échappé aux Anciens (qu'ils soient chasseurs-cueilleurs, pasteurs ou
agriculteurs) que les grands phénomènes astronomiques tels que la durée du jour et
de la nuit, le mouvement du Soleil, de la Lune, des planètes et des constellations,
coïncidaient avec les cycles de la nature d'où ils tiraient leur subsistance et ils en
ont déduit que la terre était le reflet du ciel. D'où la naissance d'une discipline qui
vise à connaître l'ordre de l'univers non pour satisfaire sa curiosité mais pour lever
un coin du voile qui masque l'avenir.
L'astronomie propose une explication rationnelle au fonctionnement de l'univers.
L'astrologie tire un enseignement de corrélations entre des phénomènes n'ayant parfois
aucun rapport entre eux. Les premiers astronomes étaient en fait des astrologues et
cela a duré jusqu'au 17e siècle de notre ère.
Les Égyptiens n'ont déifié que très peu d'astres, en dehors du Soleil et de la Lune :
Sirius (Sépedèt : spdt),
bien sûr, assimilée à Isis, et Orion (sAH),
en qui ils voyaient une manifestation d'Osiris (Photo 1 : Orion, le Chasseur et ses chiens;
Le ciel tel que nous pouvons l'observer par un beau soir d'hiver en regardant vers l'horizon
Sud-Ouest. Sirius la suit dans sa ronde.) Les cinq planètes visibles à l'oeil
nu étaient, comme l'indique leur nom, des formes d'Horus, et les autres étoiles
symbolisaient les défunts ayant réussi leur ascension vers le ciel
(Note 5).
LES ASTRES DES ÉGYPTIENS : UN TABLEAU.
| Le Soleil |
 |
ra |
| La Lune |
 |
iaH |
| Sirius |
 |
spdt |
| Orion |
 |
sAH |
| Les Impérissables |
 |
(les étoiles circumpolaires) |
| Vénus |
 |
l'étoile du matin, l'étoile du soir |
| Mars |
 |
l'Horus Rouge |
| Jupiter |
 |
l'Étoile du Ciel Méridional |
| Saturne |
 |
Horus, le Taureau des Cieux |
L'OBSERVATION DES ASTRES : UN PEU D'ASTRONOMIE
Si certains événements de notre vie quotidienne (les saisons, les marées) sont
effectivement liés au mouvement des astres, il existe aussi de notables coïncidences et
en particulier, le lever héliaque
(Note 6)
de l'étoile Sirius qui annonçait l'arrivée de
l'Inondation peu après le solstice d'été.
- LES ÉTOILES CIRCUMPOLAIRES :
Si vous observez le ciel pendant plusieurs heures au cours de la même nuit, si mieux
encore vous faites une photo avec une longue pose, vous ne pouvez manquer de remarquer
que toutes les étoiles semblent se déplacer autour d'un centre matérialisé par une
étoile plutôt modeste, l'étoile Polaire, l'astre le plus brillant dans la Constellation
de la Petite Ourse.
L'Étoile Polaire se trouve actuellement dans l'axe de rotation de la terre, elle est
donc un repère commode pour trouver le Nord en l'absence de tout autre moyen.
En observant le ciel plusieurs jours de suite, vous pouvez également remarquer que
certaines étoiles, proches de la Polaire, ne disparaissent jamais sous l'horizon.
Nous les appelons les étoiles circumpolaires, les Egyptiens les nommaient les
Impérissables et pensaient qu'il s'agissait des âmes des Pharaons trépassés.
Cette région du ciel avait donc pour les Égyptiens de cette époque une grande valeur
symbolique et il est naturel qu'ils aient cherché à orienter leurs édifices en fonction
des points cardinaux et particulièrement du Nord, ce qu'ils ont fait avec une précision
qui laisse rêveur.
- LA PRÉCESSION DES ÉQUINOXES ( Voir : Précession ) :
Au temps des Pharaons, l'étoile Polaire ne pouvait pas être la Polaire !
penseront certains d'entre vous, si fort que je n'aurai aucun mal à les entendre.
Ils auront raison. L'axe de la terre, incliné de 23°5 sur le plan de l'écliptique,
oscille selon une période moyenne de 25 920 ans.
L'étoile polaire n'a donc pas toujours été a
de la Petite Ourse comme aujourd'hui. Il y eut même des époques où aucune étoile ne
marquait le Nord. Au temps du pharaon Khoufou (ou Khéops, IVe dynastie),
l'étoile Thuban (a du Dragon) jouait ce rôle.
Elle se situait alors à 10' à peine du pôle Nord céleste alors qu'elle s'en trouve
actuellement éloignée de plus de 25° ! Ensuite il n'y a plus eu d'étoile polaire
jusqu'au début de l'ère chrétienne.
Ce qui signifie qu'en ce temps-là, Orion, la plus remarquable constellation de
l'hémisphère Nord, était pratiquement circumpolaire. Ses étoiles, si aisément
repérables, à la fois par leur brillance et leur disposition, faisaient partie
des Impérissables.
L'OBSERVATION DES ASTRES : LES MOYENS D'OBSERVATION
L'écart angulaire que présente l'axe Nord de la pyramide de Khoufou avec le Nord vrai
ne dépasse pas 2'. Il est permis de se demander de quel moyens disposaient les
bâtisseurs de pyramides pour s'orienter avec une telle précision.
Qu'on se le dise, ils n'ont pas été aidés par les Martiens ! Une théorie, dite
de l'orientation bissectorielle a été avancée
par les égyptologues Clarke et Engelbach pour expliquer cette faible marge d'erreur.
Ce type de mesure est à la portée de n'importe quel observateur un peu soigneux et
donne de bons résultats. ( Voir : Merkhet ).
La méthode est d'une simplicité confondante : il suffit de relever la direction
d'une étoile au moment exact de son lever, puis de répéter l'opération alors qu'elle
se couche quelques heures plus tard, ces deux relèvements formant un angle dont
l'observateur (qui ne doit pas avoir changé de place) est au sommet.
La bissectrice de cet angle indique précisément la direction du Nord vrai,
indépendamment de toute variation due à la précession des équinoxes et au mouvement
propre à chaque étoile.
Une inscription du temple d'Edfou d'époque ptolémaïque, indique la manière de procéder :
J'ai saisi le jalon et le manche du maillet et tenant la corde quand vint la
déesse Sefhket-Aboui. J'ai observé le mouvement des étoiles et j'ai concentré mon
attention sur la Constellation de la Cuisse (la Grande Ourse). J'ai passé le temps
à observer à l'aide du merkhet. J'ai déterminé les coins de ton temple.
Pour déterminer exactement à quel moment une étoile se lève ou se couche dans un pays
accidenté, les astronomes devaient user d'un artifice pour palier les inégalités de
l'horizon.
Un mur à la surface parfaitement horizontale aurait pu jouer ce rôle, une sorte
d'horizon artificiel, comme l'explique I.E. Edwards dans The Pyramids of Egypt :
Un mur circulaire de quelques pieds de diamètre, sur la base d'édification de chaque
future pyramide royale. La hauteur de ce mur aurait été calculée de manière à
restreindre le champ de vision de toute personne se trouvant à l'intérieur de ce
cercle à la voûte céleste, sans pour autant excéder une hauteur d'homme. Sur la
totalité de sa circonférence supérieure, le mur aurait dû être parfaitement plan.
Il leur aurait également fallu disposer d'un instrument permettant de relever les
angles avec une précision acceptable : le merkhet se compose d'une barre horizontale
munie d'un fil à plomb et d'une baguette de bois portant une encoche à l'extrémité
supérieure, le bay. Les angles sont repérés sur une surface parfaitement plane,
notre horizon artificiel par exemple.
L'observation aurait alors été conduite par deux personnes : l'observateur, au centre
du cercle, muni d'un bay, l'autre d'un fil à plomb ou merkhet.
DU COMPUT DU TEMPS
Une des principales applications de l'observation des astres et sans doute la première
est le calendrier. Le mot lui-même vient du latin calendae, les Romains désignant
ainsi le premier jour du mois.
L'observation répétée de certains phénomènes périodiques donna aux hommes de la
préhistoire les premiers étalons de mesure du temps.
- ALTERNANCE DES JOURS ET DES NUITS :
Elle est liée à la période de rotation de la terre qui est de 23h 56mn 4s. Bien sûr,
la division du jour en heures n'atteignit jamais la rigueur que nous connaissons et
les Égyptiens considéraient que le jour, quelque fût sa durée comptait 12 heures.
La nuit en comptait 12 également dont une pour le crépuscule et une pour l'aube.
La notion d'heure était donc variable en fonction de la saison.
Pour déterminer le moment exact où finissait la nuit, le Égyptiens observaient le lever
héliaque d'une étoile dûment choisie. Au bout d'une dizaine de jours, ils étaient
obligés de changer d'étoile et c'est ce qui donna les décans.
Il y avait 36 décans dans une année et chacun portait le nom d'une divinité ou d'un
génie, probablement associés à l'astre qui servait de repère.
De nos jours, seuls les astrologues ont conservé les décans, tandis que nous avons
adopté la semaine de 7 jours héritée des Chaldéens.
Pour les heures de la journée, les Egyptiens n'ont utilisé le principe du cadran
solaire qu'à partir de 1500 environ a.n.è., c'est à dire au début du Nouvel Empire.
Et encore, le dispositif était-il très primitif puisqu'il s'agissait d'un simple bâton
planté dans le sol.
C'est sous le règne du roi Thoutmôsis 1er qu'apparaît la clepsydre. Le principe est
simple : un liquide s'écoule lentement d'un vase gradué calculé de telle sorte que le
temps passé est le même entre toutes les graduations.
Le seul exemplaire connu à ce jour (la clepsydre de Karnak) date du règne d'Aménhotep III
(le père d'Akhénaton) mais il semble que ce soit la copie d'un objet remontant au règne
de Thoutmôsis 1er. Des documents d'époque attribuent l'invention de la clepsydre à un
certain Amenemhat qui vécut sous ce roi.
Il est évident que de tels moyens conduisaient à une grande imprécision, mais les
Égyptiens n'étaient pas, comme nous le sommes, obsédés par le temps qui passe.
- PHASES DE LA LUNE :
Les premiers calendriers furent des calendriers lunaires qui alternaient des mois de
29 jours et des mois de 30 jours.
L'année lunaire durait 354 jours et se décalait par rapport à la Lune d'1/3 de jour
par an. L'on y remédiait en ajoutant un jour tous les 36 mois. Cette année inférieure
à l'année solaire ne tenait pas compte des saisons et celles-ci se décalaient
indéfiniment. Il se pourrait que la longévité extraordinaire de certains personnages
bibliques soit tout simplement due à cela.
Le calendrier musulman est un calendrier lunaire, ce qui explique le décalage du
Ramadan d'une année civile à l'autre. Les Égyptiens abandonnèrent le calendrier
lunaire vers le 5e millénaire avant notre ère au profit d'un calendrier solaire basé
sur le retour des saisons.
- RÉVOLUTION DE LA TERRE AUTOUR DU SOLEIL :
La terre tourne autour du Soleil en 365.2421987 jours, ce qui est peu différent de
365 jours ¼. Nous voyons déjà la difficulté qui va se présenter du fait de ce quart
de jour dont personne, jusqu'à Jules César, ne saura vraiment quoi faire, bien que
les prêtres égyptiens en aient sans doute eu connaissance.
Les premiers calendriers solaires égyptiens comportaient 360 jours divisés en trois
saisons de quatre mois chacune. Chaque mois comptait 30 jours regroupés en décades
(ou décans) comme nous l'avons vu plus haut.
Constatant la rapide dérive de ce calendrier, les Anciens rajoutèrent 5 jours
supplémentaires qui le ramenèrent à 365 jours. Ces jours additionnels furent nommés
épagomènes par les Grecs, ce qui signifie ceux qui sont au-dessus, mais s'il
fut ralenti, le dérapage n'en demeura pas moins sensible.
Cette année fut surnommée l'année vague, à cause de ce glissement constant, dont
les anciens Égyptiens étaient parfaitement conscients comme l'attestent certains
textes : L'hiver arrive en été, les mois sont inversés et les heures en grande
confusion.
Ce retard d'¼ de jour par an, produisait un décalage d'un jour tous les 4 ans,
d'un an en 365 x 4 soit 1460 années juliennes et 1461 années égyptiennes.
Cette période de 1461 ans fut appelée cycle sothiaque, en relation avec Sothis
(pour nous Sirius), l'étoile la plus brillante de la constellation du Grand Chien.
Tous les 1461 ans, donc, l'année vague coïncidait de nouveau avec l'année solaire vraie.
Durant quelques années, le décalage était minime, si bien que, comme l'indique un
texte d'époque les saisons étaient revenues à leur place. Considérant ce temps
comme particulièrement faste, les Pharaons qui avaient la chance d'en bénéficier,
en tirèrent parti pour annoncer que leur règne était placé sous les meilleurs auspices.
En parallèle, toujours en relation avec la translation de la terre autour du Soleil,
d'autres phénomènes ont permis d'élaborer un calendrier qui, lui, ne dérivait pas par
rapport aux saisons
- LE LEVER HÉLIAQUE DE SIRIUS
Par une de ces miraculeuses coïncidences dont la nature semble avoir le secret,
les Égyptiens de l'époque pharaonique disposaient d'un magnifique repère pour recaler
leur calendrier agricole : le lever héliaque de l'étoile Sirius. En effet, celle-ci,
après une période d'invisibilité de 70 jours, réapparaissait à l'Est, une quarantaine
de minutes avant le lever du Soleil ( Voir : Sirius ).
N'importe quel paysan des bords du Nil savait, en voyant Sirius apparaître juste avant
l'aube, que ce phénomène qui se répétait avec une immuable régularité, annonçait
la saison de l'Inondation. Ainsi, les Égyptiens disposaient d'un repère fixe, en dehors
de leur calendrier civil qui glissait d' ¼ de jour par an.
Il semblerait cependant que certains prêtres, se basant sur une rigoureuse observation
du lever héliaque de Sirius, aient remarqué qu'il retardait sensiblement tous les ans.
Ils en auraient évalué la durée de l'année à 365.25 jours ce qui est très proche de la
réalité et qu'ils auraient intercalé, dans le calendrier religieux, un 6e jour
épagomène tous les quatre ans, mais cette pratique ne s'est pas généralisée, les
Égyptiens étant par nature très conservateurs.
Pour la petite histoire, signalons que Sirius était connue depuis la période
prédynastique comme l'Etoile du Chien, ou l'Aboyeur parce qu'elle semblait
avertir les laboureurs de l'imminence de l'inondation. Elle était alors représentée
sous la forme d'une petite chienne, Canicula en latin. Sa réapparition coïncidant avec
la période la plus chaude de l'année, nous comprenons aisément pourquoi les grandes
chaleurs sont encore désignées de nos jours sous le nom de canicule. Actuellement
Sirius ne joue plus son rôle de chien de garde, car, en raison de la précession des
équinoxes, son lever héliaque a lieu un peu plus tard dans l'année.
Tous les 1461 ans, l'année vague coïncidait de nouveau avec le calendrier agricole et
cet événement était fêté avec un faste tout particulier, les deux jours de l'an
étant célébrés en même temps, le 1er du mois 1 de la saison Akhet.
Une période sothiaque se termina en 1321 a.n.è. sous le règne d'Horemheb, fondateur de
la XIXe dynastie et ce fait fut largement exploité par ses successeurs, en particulier
Séthi 1er et Ramsès II pour qui le décalage entre année vague et calendrier agricole
n'était pas encore très important.
Une étude menée par ED. MEYERS en 1904 démontre que si la 3e période sothiaque
s'achevait en 139
(Note 7)
de notre ère, la première aurait commencé en 4241 a.n.è.
et cela serait la plus ancienne date connue de l'histoire de l'humanité. Le démarrage
d'une période sothiaque coïncidant avec celui d'une année vague, le calendrier égyptien
de 365 jours aurait été institué à cette époque déjà lointaine.
Cependant, selon d'autres sources, cette détermination de la période sothiaque ne
serait pas antérieure à Manéthon, les Egyptiens se contentant de célébrer le
retour des saisons à leur place sans chercher à évaluer le temps qu'il fallait
pour que l'événement se reproduise.
Inévitablement, un calcul de ce genre serait entaché d'erreurs en raison de la
précession des équinoxes, des variations d'obliquité de l'écliptique, de la différence
entre l'année sidérale vraie et l'année de 365 jours ¼ et du fait que le lever d'une
étoile n'est pas un événement facile à observer avec précision en l'absence d'une
technologie appropriée.
- LE CALENDRIER ÉGYPTIEN ( Voir : La mesure du temps )
L'année égyptienne débutait à la mi-juillet avec la crue du Nil et coïncidait avec la fin des moissons. Il était de rigueur à cette époque de l'année, d'offrir des cadeaux à ses proches et de faire la fête.
Les Égyptiens comptant en années de règne, le comput des années redémarrait à l'avènement de chaque nouveau Pharaon, ce qui ne facilite pas la tâche des historiens, et l'on s'arrangeait, dans les textes officiels, pour faire coïncider son " apparition ", selon le terme consacré, avec le jour de l'an (19 juillet de notre calendrier). En réalité, un Pharaon était intronisé 70 jours après le décès de son successeur, c'est à dire une fois le long processus de l'embaumement terminé. Il est évident que ces 70 jours avaient une profonde signification symbolique, sachant que c'est le temps que mettait Sothis à réapparaître le matin après sa disparition dans les lueurs du couchant.
L'année se divisait en 3 saisons de quatre mois de 30 jours chacune auxquels
s'ajoutaient cinq jours épagomènes (du grec epagoménai) c'est à dire
complémentaires :
AKHET : littéralement l'Inondation (Axt)
PÉRET : littéralement la Sortie, de pri sortir, c'est à dire la Germination (prt)
CHÉMOU : littéralement Saison de la Chaleur ou des Récoltes,
de Smm devenir chaud ou
Smw la Moisson,
les avis sont partagés.
Les mois ne portaient pas de nom. Ils étaient simplement désignés par leur numéro d'ordre : le premier, le deuxième, le troisième et le quatrième. Dans l'année religieuse, ils étaient souvent associés au nom de leur principale fête, mais la généralisation de ces appellations date de l'époque gréco-romaine. Ceci explique que dans le calendrier copte subsistent encore Athor (de Hathor, la déesse, littéralement château d'Horus) ou Pharménôth (littéralement celui d'Amenhotep, qui évoque la fête d'Amenhotep 1er, saint patron du village des artisans de Deir-el-Medineh).
Il fallut attendre l'an 46 a.n.è. pour que Jules César ajoute un 366e jour tous
les quatre ans, sur les conseils de Sosigène, un astronome d'Alexandrie, pour
compenser la dérive de l'année vague. Ce calendrier, dit julien, perdura jusqu'en
1582 pour être de nouveau réformé par le pape Grégoire XIII
(Note 8)
qui amputa l'année 1582 de 10 jours et modifia la règle d'intercalation des années bissextiles
pour tenir compte de l'imperfection du calendrier julien. Il décida que l'on
supprimerait trois années bissextiles tous les quatre siècles, ce qui explique que
1700, 1800 et 1900 ne l'aient pas été, contrairement à 2000, ce qui a posé un petit
problème supplémentaire à nos ordinateurs
(Note 9) .
Tout comme les mois, les jours étaient également exprimés par un simple chiffre :
par exemple : Le jour 4 du 3e mois de la saison Chémou.
Le calendrier égyptien comportait également de nombreuses fêtes, commémorations religieuses ou célébrations des grands cycles agricoles, propres à toute civilisation rurale.
D'après les inscriptions du temple funéraire de Ramsès III, à Medinet-Abou, les 1er, 2,
4, 6, 8, 15, 29 et 30 de chaque mois étaient fériés. D'autres solennités se
superposaient à ce programme déjà réjouissant :
- Le lever de Sothis, au premier jour de l'année, le mois 1 de la saison Akhet.
- Le 8 du même mois, la fête Ouag.
- Le 19, la fête de Thot (Hermès pour les Grecs, Mercure pour les Romains), dieu de l'écriture, créateur des hiéroglyphes, maître du calendrier, seigneur d'Hermopolis, symbole de la sagesse.
- Le 22, fête de la grande manifestation d'Osiris.
- Etc.
Se déroulaient aussi, au Nouvel Empire, la grande fête d'Opet, qui occupait presque
tout le second mois de la saison de l'Inondation, ainsi que la Belle fête de la
Vallée, qui voyait les habitants de Thèbes se rendre sur la rive Ouest du Nil,
où se trouvait la nécropole, pour apporter des offrandes à leurs défunts.
Et ainsi de suite, les Égyptiens ne reculant devant aucun prétexte pour donner cours
à leur remarquable joie de vivre, comme en témoigne ce Chant du harpiste,
de la XIe dynastie :
Une génération passe et d'autres hommes viennent à sa place, depuis le temps des ancêtres. Ceux qui autrefois furent des dieux reposent dans leurs pyramides, les morts glorifiés de même[…]
Personne ne revient du lieu où ils se trouvent pour nous dire comment ils sont, pour nous dire de quoi ils manquent, afin d'apaiser nos cœurs, jusqu'à ce que nous allions à notre tour là où ils sont allés[…]
Fais un jour heureux sans te lasser !
Vois, personne n'emporte ses biens avec lui.
Vois, personne n'est revenu après s'en être allé."
Puissions-nous ne jamais l'oublier
Sylvie Griffon.