COPTOS Cité oubliée de l'ancienne Égypte. Thierry Benderitter (Toulon, France. 2000.)
INTRODUCTION : l'exposition de Lyon
e musée des beaux arts de Lyon présente actuellement et jusqu'au 7 mai 2000 une grande exposition consacrée à la ville ancienne de Coptos. Elle regroupe 200 pièces provenant surtout du fond du musée Guimet, mais aussi d'autres musées européens.
COPTOS : UNE HISTOIRE
a galerie égyptienne du musée Guimet de Lyon est en effet constituée pour l'essentiel d'objets ramenés au début du siècle de cette région par les deux archéologues Raymond Weill et Adolphe Reinach qui furent les premiers, après le bref passage de l'Anglais Flinders Petrie dans les années 1893-94 à fouiller ce site très désolé et situé dans une région dont l'hostilité des habitants ne favorise pas, hier comme aujourd'hui, l'exploration.
Il ne reste rien aujourd'hui de l'orgueilleuse cité minière qui, de l'époque prédynastique jusqu'à la période arabe servait de carrefour au flux des pierres et minéraux précieux et semi précieux en provenance des déserts de l'Ouest.
La Gebtyou pharaonique a vu son nom grécisé en Coptos puis arabisé dans la moderne Qouft.
Pendant une grande partie des temps pharaoniques, l'activité de Gebtyou se tourne vers l'axe du Ouâdî Hammâmât et son prolongement vers la mer Rouge ( carte01 ). Aboutissaient à Coptos - les produits débarqués sur la côte et provenant de l'Érythrée, de la péninsule Arabique, et sans doute aussi du pays de Madian. Coptos devait également sa prospérité à l'exploitation des mines et carrières.
Les carrières les mieux connues pour l'époque pharaonique et ressortissant à Coptos se trouvaient du côté du Gebel Hammâmât où l'on exploitait des veines d'une pierre verte, le bekhen, la grauwacke.
L'or provenant des mines dépendantes de Coptos est cité dans les listes de métaux précieux du temple funéraire de Ramsès III à Médinet Habou, sous le nom d'or de Coptos. La transformation de cette matière première dépendait d'un corps de techniciens associés au culte de Min. Coptos, comme Memphis, sous l'égide de Ptah, possédait un atelier d'orfèvres réputés. C'est sans doute de ces techniques de raffinage, de recherches de recettes d'onguents propres au culte de Min et d'Osiris, que sont nées certaines des théories qui ont abouti, plus tard, à l'élaboration de l'alchimie.
Les Coptites, traditionnellement spécialisés dans la prospection des gisements, se sont rendus vers des contrées très éloignées dans le désert. À Coptos se recrutaient les membres d'un corps de métier que les Égyptiens désignaient sous le nom de sementyou, terme qui pourrait se traduire par pionniers. Les différents hiéroglyphes qui servent de déterminatifs à ce vocable montrent que leur activité était itinérante et qu'ils rapportaient leurs trouvailles ou leurs échantillons dans une bourse en cuir, maintenue à l'extrémité d'un bâton. Ce sont eux qui avaient pour charge d'arpenter les déserts à la recherche des minéraux et de métaux précieux, d'évaluer la richesse des sites et de rapporter leurs découvertes auprès de l'administration pharaonique.
Sur la base de cartes, comme celle conservée au musée de Turin ( photo ) établies vraisemblablement par leurs soins, on décidait de donner suite ou non à l'exploitation des filons. L'Égypte devait à ces gens, dont le statut était probablement privilégié, une notable partie de sa richesse. De par la nature de leur métier, ils ne pouvaient manquer d'entrer en communication avec les populations locales. On peut supposer qu'une part notable de ces sementyw descendaient de familles originaires du désert, comme pourrait le suggérer une remarque de Strabon qui dit que Coptos est une "ville habitée en commun par des Égyptiens et des Arabes", terme sous lequel il faut reconnaître des bédouins. De cette interpénétration avec les populations du désert de l'Est est née une symbiose qui a dû influer sur la nature profonde du dieu Min.
A l'époque gréco-romaine, on reliait Coptos à Bérénice en 11 jours. La route de Coptos à Bérénice jouit sans le moindre doute, par rapport aux autres, d'une forte notoriété. Selon Strabon, elle aurait été ouverte par Ptolémée Philadelphe, mais en fait elle est beaucoup plus ancienne. Elle comprenait, d'après la table de Peutinger, ou selon l'" Itinéraire d'Antonin ", onze stations correspondant à des fortins qu'on pouvait relier l'un à l'autre en une journée de marche. Ceux ci sont actuellement fouillés par une mission française qui récolte d'innombrables ostracas de toutes les époques, des fragments de papyrus, des outils de carrier, et autres. Le long trajet est jalonné par des inscriptions de toutes les époques.
Pour avoir une idée de la plaque tournante que pouvait représenter Coptos et ses relations avec la mer rouge, on peut se rapporter à Jules Couyat, connaisseur du désert oriental, quianalysait de la façon suivante le cycle commercial entre Alexandrie et Bérénice :
"Les commerçants quittaient, à l'époque des vents étésiens, la grande ville d'Alexandrie où était concentré le commerce de toute l'Egypte, et, ces vents étant favorables à la navigation, ils arrivaient douze jours après à Coptos. Ici se préparaient les caravanes qui devaient les conduire au port choisi, de préférence celui de Bérénice, et emporter les marchandises destinées aux transactions commerciales. Le voyage de Bérénice se faisait en douze jours, et, de ce port, une quantité considérable de bateaux primitifs [...] conduisaient les négociants sur les côtes de l'Afrique, en Arabie, dans le golfe Persique ou les Indes, sans omettre l'île de Ceylan, dont les productions minérales étaient particulièrement recherchées... Dès que la flottille avait pris la mer, sans toutefois abandonner de vue la côte égyptienne, elle visait à atteindre le plus vite possible le port d'Ocelis, où elle faisait de l'eau, et de là se dispersait de la manière suivante : une partie se mettait en communication avec l'Arabie Heureuse ; l'autre continuait sa route sur les côtes de l'Afrique, allant probablement jusqu'à Madagascar ; la troisième prenait le chemin des Indes. Le voyage était des plus lents, encore profitait-on des vents étésiens qui soufflaient du nord. La navigation n'était pas sans dangers ; les modestes embarcations [...] mal gréées, étaient à la merci des moindres vents, qui les jetaient avec d'autant plus de facilité contre les écueils, que les côtes de la mer Rouge en sont semées, et que l'on n'eut jamais osé abandonner le voisinage de la terre. Par crainte du danger, on ne naviguait que le jour ; la nuit, on amarrait, et les passagers, comme l'équipage, prenaient le plus souvent la terre pour se reposer. Il fallait environ trois mois pour aller aux bouches de l'indus ; ceci nous montre quelle pouvait être, approximativement, la durée du voyage. Pline prétend qu'un commerçant, tourmenté par l'appât du gain, trouva une route directe des Indes après des essais téméraires que l'on n'avait jamais tentés avant lui. Le retour se faisait par les vents du sud, c'est-à-dire en hiver, et grâce à l'invention de ce commerçant famélique, il fut possible de faire en une saison, c'est-à-dire dans une année, le voyage difficile des Indes, et à plus forte raison celui des pays avec lesquels l'Egypte était alors en relations. (J. Couyat, La route de Myos-Hormos et les carrières de porphyre rouge. Notes pour servir à l'histoire du désert arabique et de la mer Rouge, Bulletin de l'Institut français d'Archéologie Orientale, 7, Le Caire 1910, p. 15-39).
Coptos devait également l'essor de son économie à un riche terroir agricole, comme l'indique la nature de Min ( photo du kiosque de Senousret Ier à Karnak) ), manifestation de l'énergie divine associée étroitement à la fertilité, à la croissance de la végétation autant qu'à l'exploitation des mines du désert de l'Est. Les fêtes de Min, évoquées sur les bas-reliefs du temple de Louqsor, du Ramesseum et de Médinet Habou, célèbrent le cycle des moissons. À Coptos était vénéré non seulement Min, mais aussi Isis, et le fruit de la régénérescence, Horus l'enfant (Harseisis ). Un rite particulier était en usage, dit Netjery shéma, le divin du sud. Tous les 10 jours, la statue du dieu était sortie de son temple et allait régénérer les tombes des dieux anciens. Progressivement à l'époque du Nouvel Empire (1550 - 1186), la triade coptite fut remplacée par la triade de Thèbes, la puissante métropole située un peu au sud étendant son influence jusqu'au fond des déserts où l'on voit les graffiti des chefs d'expédition, des mineurs, des carriers, rendre hommage à Amon, maître des minéraux, plutôt qu'à Min.
Coptos et ses églises de l'ouest fut aussi une grande métropole chrétienne. Là, comme partout en Égypte, le réemploi des blocs pharaoniques a été important, terminant de faire disparaître ce que les siècles avaient déjà abattu. La cité antique perdra définitivement sa place de plaque tournante du commerce avec la Mer rouge vers le VIIIe siècle de notre ère.