Balat, le site d'une ville de la fin de l'Ancien Empire, dans l'oasis de Dakhla. Thierry Benderitter (Toulon, France, 1998 - 2000.)

Note : ce texte a déjà été publié dans La civilisation de l'Égypte des pharaons, un cédérom édité par Média360, Saint-Hilaire (Québec), 1998-2000.
Introduction
1. La ville
2. Les mastabas


  INTRODUCTION

Balat00

a ville de Balat constitue un exemple quasiment unique d'architecture civile de l'Ancien Empire. Située dans l'oasis de Dakla (sur la carte, suivez la flèche), le site témoigne d'une occupation débutant à la fin de la VIe dynastie, sous les règnes de Pépi I et Pépi II, jusqu'au Moyen Empire au moins. Les couches postérieures, si elles ont existé, ont été complètement abrasée par la très importante érosion éolienne. Remarquons qu'un canal d'époque romaine coupe une partie de la ville, ce qui tendrait à montrer que la ville n'était plus occupée à cette période.

Le début de l'occupation peut être rapprochée de deux phénomènes : l'augmentation de la pression démographique dans la vallée du Nil, et la sahelisation progressive, comportant des périodes de crues basses, à la fin de la Ve dynastie.


  1. LA VILLE

Photo-1

lle aurait été découverte par l'égyptologue Ahmed Fakhry vers la fin des années 1940, lorsqu'après une violente tempête de sable, le sommet des mastabas de la nécropole voisine sont apparus. Le début des fouilles systématiques par l'Institut français d'archéologie orientale (IFAO) date de 1976 (photo 1 et photo 2). Photo-2

La ville est entourée d'une enceinte carrée dont la partie nord est la plus ancienne, surplombant probablement à l'époque une dépression. La ville s'est donc étendue vers le sud. Elle est, comme toute l'architecture civile égyptienne, construite en briques crues.

Photo-3 Archéologiquement, on retrouve dans les quartiers sud les traces d'un grand incendie datant du temps de Pépi II (fin de la VIe dynastie), accidentel puisque les gens se sont réinstallés par dessus en gardant l'ordonnancement des bâtiments. On distingue ainsi 3 niveaux très nets : pré-incendie, incendie, post-incendie (photo 3; photo 4).

La ville s'étend le long d'une rue principale vers le sud et plutôt vers l'est ( photo 5). C'est à l'est qu'on trouve le bâtiment administratif principal, peut-être le gouvernorat. Il est centré par une grande pièce à colonnes entourée d'un portique sur au moins deux côtés ( photo 6). On estime que les plafonds se trouvaient à environ 3 mètres de hauteur. On y a retrouvé des restes d'estrade, ce qui suggère une de ces pièces de réception où circulaient personnes et biens.

Photo-7 On évoque une de ces scènes bien représentées par les personnages retrouvés dans les tombes du Moyen Empire où l'on voit paysans, inspecteurs et troupeaux défiler devant le gouverneur perché sur son estrade et entouré de ses scribes, comme dans la tombe de Meket-Ra (XIe dynastie) (photo 7).

Cinq pièces au moins donnaient sur cette cour ( photo 8). On y a retrouvé du matériel brûlé, notamment de nombreux sceaux au nom du roi Pépi II, deux coffres, l'un en bois, l'autre recouvert de plaquettes d'os portant le nom du gouverneur Khenty-Ka, ainsi que des tessons au nom du gouverneur Medou-Nefer. Dans cette pièce ont été retrouvées de nombreuses tablettes en terre cuite inscrites en hiératique (écriture cursive), faisant mention notamment d'un point de passage, une porterie surveillée dans une rue de la ville.

À proximité se trouvent les chapelles des gouverneurs qui ont été partiellement restaurées, et qui sont les seuls édifices comportant de la pierre ( photo 9). Une stèle était dressée à l'entrée par chaque nouveau gouverneur. Celle retrouvée en place concernait le gouverneur Khenty-Kaou-Pépi. Elle est conservée au musée de Kharga.

Photo-11 Des installations de boulangerie relativement importantes ont été mises au jour ( photo 10) ; photo 11; photo 12). Dans une pièce fermée, on a retrouvé la trace des fours avec à côté d'énormes masses de cendres résultant de la cuisson des pains. À terre, on retrouve de curieuses marques en creux qui correspondent aux emplacements où on devait déposer les jarres pour laisser lever le pain photo 21). Des restes de meule ont aussi été identifiés.

La taille des habitations est assez importante, avec certaines maisons pouvant occuper plus de cent mètres carrés au sol, ce qui est nettement supérieur à ce quon trouve dans les rares maisons conservées de la vallée. Comme dans ces dernières, des restes d'escalier suggèrent l'existence d'une terrasse pour les nuits de la saison chaude.


  2. LES MASTABAS

l s'agit des tombes ayant appartenues aux gouverneurs successifs de l'oasis jusqu'à la fin de l'Ancien Empire. Ces mastabas comportaient à leur entrée une stèle qui a permis d'identifier le propriétaire. Les inhumations ultérieures, situées plus au sud, seront plus modestes.

Photo-13 Cinq mastabas datant tous des règnes de Pépi I et II ont été identifiés. L'un d,entre eux, appartenant à Khenty-Kaou-Pépi, est le mieux conservé (photo 13; photo 14). Tous les mastabas fouillés montrent une association de briques crues et de pierre. Malheureusement, les constructeurs n'ont pas bien évalué la résistance des matériaux et tous les linteaux se sont effondrés sous le poids, probablement peu de temps après l'enterrement.

La technique utilisée pour la fouille archéologique est celle de l'enlèvement par couches horizontales, avec création d'une grande excavation, ce qui constitue exactement l'inverse de la technique de construction. En effet, il était réalisé une excavation, où l'on ménageait l'espace du caveau, puis on comblait par couches horizontales successives, en ménageant en surface l'emplacement de la chapelle, accessible au public. La technique de fouille est bien illustrée par les images du mastaba d'Ima-Pépi ( photo 15 ; photo 16). L'aspect en gradin est dû aux mesures de sécurité contre l'effondrement.

La chapelle du mastaba de Khenty-Ka, quant à elle, a été déplacée et remontée avec les éléments d'origine. L'anastylose donne une bonne idée de l'aspect initial (photo 17 ; photo 18). Les puits funéraires, au nombre de trois (le défunt et sa famille) s'ouvraient au centre ( photo 19 ). La pièce d'offrandes est entièrement en calcaire (photo 20 ).